ROBESPIERRE
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(7 mai 17'.)i.)
I/idée (le son néant lui inspire-t-elle [à riiomme] des
sentiments plus purs et plus élevés que celle de son immortalité? Lui inspirera-l-elle plus de respect pour ses semblables el pour lui-même, plus do di-vouement pour la palrin, plus d'audace à braver la Lyranni(>, [)lus de mi'pris poui' la mort ou pour la volupté? Vous qui regrettez un ami vertueux, vous aimez à penser que la plus belle partie de lui-même a échappé au trépas! Vous qui pleurez sur le cercueil d'uu (ils ou d'une épouse, èles-vous consolés par celui qui vous dit qu'il nu reste plus d'eux qu'une vile poussière? Malheureux, qui ex])irez sous les coups d'un assassin, voire dernier soupir est un appel à la justice élornelle! L'innocence sur l'échafaud fait pâlir le tyran sur son char de triomphe; aurait-elle cet ascendant si le tombeau égalait l'opresseur et l'opprimé? Malheureux sophiste I de quel droit viens-tu arracher à l'innocence le sceptre de la raison pour le remettre dans les mains du crime, jeter un voile funèbre sur la nature, désespérer le malheur, réjouir le crime, attrister la vertu, dégrader l'humanité? Plus un homme est doué de sensibilité et de génie, plus il s'attache aux idées qui agrandissent son être et qui élèvent son cœur; et la doctrine des hommes de cette trempe devient celle de l'univers. Eh ! comment ces idées ne seraient-elles point des vérités? Je ne conçois pas du moins comment la nature aurait pu suggérer à l'homme des fictions plus utiles que toutes les réalités ; et, si l'existence de Dieu, si l'immortalité de l'dme n'étaient que des songes, elles seraient encore la plus belle ^ de toutes les conceptions de l'esprit humain.
Je n'ai pas besoin d'observer qu'il ne s'agit ici de faire le
1. Cf. p. 146, l'extrait de Voltaire 2. Au singulier : dans la pensée de
sur le déisme'. Robespierre, les deux dogmes sont liés.
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procos i\ aunino opinion i»liiloso|)hii|iie ou [jarlii-iilifr ni d(> contester que tel pliilosophe peut être vertueux, quelles que soient ses opinions et même en dépit d'elles, par la force d'uu naturel lit^ureux ou d'une raison supi'rieure. Il s'aj^itde considérer seulement l'athéisme comme national et lié à un système de conspiration contre la Hcpuhlique.
Mais que vous importent, à vous législateurs, les hypothèses diverses par lesqu(>lles certains philosophes expliquèrent les phénomènes de la nature? Vous pouvez ahandonner tous ces ohjets à leurs disputes éternelles; ce n'est ni comme métaphysiciens ni comme théologiens que vous devez les envisager. Aux yeux du législateur, tout ce qui est utile au monde et bon dans la pratique est la vérité. L'idée de l'Être suprême et de l'immortalité' de l'âme est un rappel continuel à la justice : elle est donc .sociale et républicaine. La nature a mis dans l'homme le sentiment du plaisir et de la douleur qui le force à fuir les objets physiques qui lui sont nuisibles et à chercher ceux qui lui conviennent. Le chefd'œuvre de la société serait de créer en lui, pour les choses morales, un instinct rapide qui, sans le secours tai-dif du raisonnement, le portât à faire le bien et à éviter le mal ; car la raison particulière de chaque homme égaré par ses passions n'est souvent qu'un sophiste qui plaide leur cause, et l'autorité de l'homme' peut toujours être attaquée par l'amour-propre de l'homme. Or ce qui produit ou remplace cet instinct précieux, ce qui supplée à l'insudisance de l'autorité humaine, c'est le sentiment religieux qu'imprime dans les âmes l'idée d'une sanction donnée aux préceptes de la morale par une puissance supérieure à l'homme. Aussi je ne sache pas qu'aucun législateur se soit jamais avisé de nationaliser l'athéisme.
Il est vrai que les plus sages même d'entre eux se sont permis de mêler à la vérité quelques fictions. Lycurgue et Solon eurent recours à l'autorité des oracles, et Socrate luimême, pour accréditer la vérité parmi ses concitoyens, se crut obligé de leur persuader qu'elle lui était inspirée par un génie familier. Vous ne conclurez pas de là, sans doute, qu'il