ROBESPIERRE
faille tromper les hommes pour les instruire, mais seulement que vous êtes heureux de vivre dans un siècle et dans un pays dont les lumières ne vous laissent d'autre tâche à remplir que de rappeler les hommes à la nature et à la vérité. Vous vous garderez hien de briser le lien sacré qui les unit à l'auteur de leur être. Il suffit même que cette opinion, salutaire ait régné chez un peuple pour qu'il soit dangereux de la détruire ; car, les motifs des devoirs et les bases de la moralité s'étant nécessairement liés à cette idée, l'efTacer c'est démoraliser le peuple. Il résulte du même principe qu'on ne doit attaquer un culte établi qu'avec prudence et avec une certaine délicatesse, de peur qu'un changement subit et violent ne paraisse une atteinte portée à la mora.le et une dispense de la probité même. Au reste, celui qui peut remplacer Dieu dans le système de la vie sociale est à mes yeux un prodige de génie; celui qui, sans l'avoir remplacé, ne songe qu'à le bannir de l'esprit des hommes, me paraît un prodige de stupidité ou de perversité.