CONTRE LA PERSÉCUTION
L'essence de la religion consiste dans les jugements que notre esprit forme de" Dieu et dans les mouvements de res-
1. Dont... iinits nous serrons comme des hérétiques. — Un maître de rèritables. Latinisme. maison, ayant fait préparer un fes-
2. Probables. Qui méritent l'adhé- tin auquel les invites refusent de se sion. Cf. p. 9, n. 4. rendre, envoie son serviteur sur le che-
3. Choisir le meilleur du moins bon. min en lui disant de contraindre ii entrer Choisir est ici construit comme discer- les gens qu'il rencontrera {Lue, chap. ner, dont il renferme le sens. XIV).
4. Compelle inirare. Contrains-les à 5. De. Sur. Cet emploi de la prépoentrer. Paroles de l'Evangile sur les- sition de était beaucoup plus fréquent quelles s'appuyaient les persécuteurs dans la langue classique.
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pecl, docrainto ol (raniour que noiro vdIduIi'' sent pour lui; en sorte qu'il est possiltle (juc, jiar cela seul, un liouiiut' fasse son devoir envers Dieu sans aucun acle extérieur. Mais, comme ces cas ne sont point ordinaires, il vaul mieux dire que la disposition inlt''ri(Mii'e en (juoi consiste l'essence de la religion se jiroduit au dehors par des Iiinnilialions corporelles et par des signes qui joui (•(umaitrc l'honneur que l'ànie rend à la majesté de Difu. Ui'oi qu'il en soit, il est toujours vrai que les signes extérieurs dans un homme qui ne sent rien pour Dieu, je veux dire qui n'a ni les jugements ni les volontés convt'iiahles à légard de Dieu, ne sont pas plus un honneur rendu à Dieu que le renversement d'une slalue par un coup hasardeux'- de vent est^ un hommage rendu par cette statue.
Il est donc clair que la seule voie légitime d'inspirer la religion est de produire dans l'ànie certains jugements et certains mouvements de volonté par rapport à Dieu. 'Or, comme les menaces, les prisons, les amendes, les exils, les coups de bâton, les supplices, et généralement tout ce qui est contenu sous la signification littérale de contrainte, ne peuvent pas former dans l'àme les jugements et les mouvements de volonté par rapport à Dieu qui constituent l'essence de la religion, il est clair que celte voie-la d'établir une religion est fausse...
Je ne nie pas que les voies de contrainte, outre les mouvements extérieurs du corps, qui sont les signes.ordinaircs de la religion intérieure, ne produisent aussi dans l'âme des jugements et des mouvements de volonté; mais ce n'est pas par rapport à Dieu, ce n'est que par rap[)ort yux auteurs de la contrainte. On juge d'eux qu'ils sont à craindre, et on les craint en effet; mais ceux qui auparavant n'avaient pas de la Divinité les idées convenables ou qui ne sentaient pas pour elle le respect, l'amour et la crainte qui lui sont dus, n'acquièrent ni ces idées ni ces sentiments lorsque la contrainte leur extorque les signes extérieurs de la religion. Ceux qui avaient auparavant pour Dieu certains jugements
1. Volonté. S'oppose ici à esprit et 2. //«s'rtrrfeH.r. Fortuit.
Bignifie quelque chose comme le cœur. 3. Est. L'usage moderne exige n'est.
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et qui croyaient qu'il ne fallait l'honorer que d'une certaine manière, opposée à celle en faveur de qui' se font les violences, ne changent point non plus d'état intérieur à l'égard de Dieu. Leurs nouvelles pensées se terminent toutes à craindre^ les persécuteurs et à vouloir conserver les biens temporels qu'ils menacent d'ôter. Ainsi ces contraintes ne font rien pour Dieu ; car les actes intérieurs qu'elles produisent ne se rapportent point à lui, et, pour ce qui est des extérieurs, il est notoire qu'ils ne peuvent être pour Dieu qu'en tant qu'ils sont accompagnés de ces dispositions intérieures de l'àme qui sont l'essence de la religion.
{Ihid.)