DIVERSITES DE LA FORCE D AME
On croira peut-être qu'il [Charron]* s'est contredit, ayant reconnu dans les athées une grande force d"àme et une faiblesse puérile ; mais sûrement il a fait cela sans tomber en contradiction, puisqu'il les a considérés sous divers états ^ Il les croit forts pendant la prospérité et faibles dans l'adversité; ainsi les qualités contraires qu'il leur attribue sont deux choses qui se succèdent l'une à l'autre. Ce n'est donc pas se contredire que de les admettre dans un même sujet. La contradiction suppose que les deux termes subsistent ensemble en même temps. Elle demande aussi qu'on les affirme d'un même sujet selon la même notion^; et de là vient qu'on peut assurer, sans se départir des règles, des propositions contradictoires, que les mêmes personnes sont timides et hardies en même temps, timides par rapport à certains objets, hardies par rapport à d'autres choses. Cela se voit tous les jours. H y a des gens d'une intrépidité extraordinaire, qui pour rien au monde ne voudraient coucher dans une chambre, s'ils entendaient dire qu'il y revient des esprits. D'autres y coucheront hardiment tout seuls,
1. De qui. Dans l'usage moderne, de Sagesse. C(. Précis de Lilléralitre, p. 112. latiiielle. 4. Sous divers états. Cf. sous divers