Faux-huurbon. Sorte de plain-chant Surinam pour l'Europe
où la partie basse, transportée à la partie 5. « C'était un quart d'Espagnol, né
supérieure, forme le chant principal. d'un métis dans le Tucuman » ; Can-
l>i LE XYlIlo SIECLE PAU LES TEXTES
« Nous partirons après souper, reprit Cacamho : je ne peux vous en dire davantage ; je suis esclave, luon maître m'attend; il faut que j'aille le servir à lable. Ne dites mot; soupez, et tenez-vous prêt. »
Candide, partagé entre la joie et la douleur, charmé d'avoir revu son agent fidèle, étonné de le voir esclave, 4e cœur agité, l'esprit bouleversé, se mit à table avec Martin, qui voyait de sang-froid toutes ces aventures, et avec six étrangers qui étaient venus passer le carnaval à Venise.
Cacambo, qui versait à boire à l'un de ces étrangers, s'approcha del'oreillede son maître sur laGn du repas, et lui dit : « Sire, Votre Majesté partira quand elle voudra; le vaisseau est prêt. » Ayant dit ces mots, il sortit. Lesconvives étonnés se regardaient sans proférer une seule parole, lorsqu'un autre domestique, s'approchant de son maître, lui dit : « Sire, la chaise' de Votre Majesté est à Padoue, et la barque est prête. » Le maître fit un signe et le domestique partit. Tous les convives se regardèrent encore, et la surprise commune redoubla. Un troisième valet, s'approchant aussi d'un troisième étranger, lui dit : « Sire, croyez-moi, Votre Majpslé ne doit pas rester ici plus longtemps; je vais tous préparer. » Et aussitôt il disparut.
Candide et Martin ne doutèrent pas alors que ce ne fût une mascarade du carnaval. Un quatrième domestique dit au quatrième maître : « Votre Majesté partira quand elle voudra, » et sortit comme les autres. Le cinquième valet en dit autant au cinquième maître. Mais le sixième valet parla différemment au sixième étranger, qui était auprès de Candide; il lui dit : « Ma foi, sire, on ne veut plus faire crédit à Votre Majesté, ni à moi non plus; et nous pourrions bien être coffrés cette nuit vous et moi : je vais pourvoir à mes affaires; adieu. »
Tous les domestiques ayant disparu, les six étrangers, Candide et Martin, demeurèrent dans un profond silence. Enfin Candide le rompit : « Messieurs, dit-il, voilà une singulière plaisanterie! pourquoi êtes-vous tous rois? pour moi, je vous avoue que ni moi ni Martin nous ne le sommes. »
dide l'avait eu pour valet à Cadix el 1. Chahe. Voiture de voyage, chaise
avait fort apprécié ses services. de poste.
Le maître de Cacambo prit alors gravement la parole, et dit en italien : « Je ne suis point plaisant, je m'appelle Achmet III; j'ai été grand sultan plusieurs années. Je détrônai mon frère, mon neveu m'a détrôné'; on a coupé le cou à mes vizirs; j'achève ma vie dans le vieux sérail; mon neveu le grand sultan Mahmoud me permet de voyager quelquefois pour ma santé; etje suis venu passer le carnaval à Venise. »
Un jeune homme qui était auprès d'Achmet parla après lui et dit.: « Je m'appelle Ivan^ : j'ai été empereur de toutes les Russies; j'ai été détrôné au berceau; mon père et ma mère ont été enfermés, on m'a élevé en prison; j'ai quelquefois la permission de voyager, accompagné de ceux qui me gardent; et je suis venu passer le carnaval à Venise. »
Le troisième dit : « Je suis Charles-Edouard, roi d'Angleterre; mon père m'a cédé ses droits au royaume; j'ai combattu pour les soutenir^; on a arraché le cœurà huit cents de mes partisans, et on leur en a battu les joues ; j'ai été mis en prison; je vais à Rome faire une visite au roi mon père, détrôné ainsi que moi et mon grand-père ; et je suis venu passer le carnaval à Venise. »
Le quatrième prit alors la parole, et dit : « Je suis roi des Polaques^; le sort de la guerre m'a privé de mes Etats héréditaires; mon père a éprouvé les mêmes revers; je me résigne à la Providence ', comme le sultan Achmet, l'empereur Ivan, et le roi Charles-Edouard, à qui Dieu donne une longue vie! etje suis venu passer le carnaval à Venise. »
Le cinquième dit : « Je suis aussi roi des Polaques; j'ai perdu mon royaume deux fois; mais la Providence m'a donné un autre Etat, dans lequel j'ai fait plus de bien que tous les rois des Sarmates^ ensemble n'en ont jamais pu