‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 8 sur 340 · BAYLE · texte numérisé non relu

BAYLE

une hardiesse ou une intre'pidité d'esprit qui est quelquefois accompagnée d'une grande timidité de corps. Le courage et la force d'Hobbes^ ne se rapportaient qu'aux projets de l'entendement. Il n'y avait guère de proposition ou de paradoxe qui l'étonnàt"^; mais le plus petit péril du corps lui faisait peur. Montaigne, qui parait si au-dessus des préjugés et si bien fourni de la prétendue force de l'incrédulité, avait une mollesse d'àme qui ne lui permettait pas de \oir égorger un poulet sans déplaisir, ni d'entendre patiemment gémir un lièvre sous les dents de ses chiens^. Ces variétés dépendent du tempérament : ne nous étonnons pas qu'une personne qui a la force de secouer les opinions les plus générales et les plus sacrées ait la faiblesse de trembler à la vue d'un bourreau et de recourir à mille déguisements pour éviter les douleurs de la torture. La force de son âme ne s'est point tournée vers les objets du corps, mais vers les objets de l'esprit.

[Dict. critique, Charron.)

une des nombreuses expressions dont 2. L'ètunnàt. Cf. p. 14, n. 1.

le sens s'est affaibli. 3. Cf. Essais, II, xi.

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