‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 106 sur 153 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

l'occasion de constater cette absolue dififérence de Dieu et du monde, du Créateur et du créé, de l'Infini et du fini. Rien de corporel qui ne rende témoignage à l'esprit ; rien de visible qui ne proclame l'invisible ; rien de contingent qui ne rappelle le nécessaire et l'immuable. Devenir véritablement savant sans devenir, par le fait même, plus spiritualiste, plus moral, plus religieux, c'est un contre-sens déplorable que la prédominance des passions et des ambitions explique, mais sans pouvoir à aucun degré le justifier ou seulement l'excuser.

La science a fait Thomas d'Aquin plus grand et plus fort que toutes les richesses, que toutes les voluptés. Elle a consolé, elle a charmé ses longues heures de captivité. Elle l'a rendu plus noble, plus saintement fier, que ses frères et que ses aïeux. Elle lui a mis la robe blanche et sanctifiante des dominicains sur les épaules, et au front la double auréole de la doctrine et de la virginité. Elle lui a inspiré cette charmante modération d'âme, cette ravissante simplicité de mœurs, cette suprême délicatesse de goût et de sentiment, auxquelles il a certainement dû d'être aussi aimable que saint, aussi cher aux hommes qu'il fut cher à Dieu.

Dans ses leçons, il a donné, pour ainsi parler, la théorie précise de ces faits remarquables. On ne peut se sanctifier, dit-il, qu'en pensant juste et en agissant bien. — Penser juste suppose, à moins de miracle, un soin constant de considérer, de réfléchir, de méditer. Mais la réflexion, la considération, la méditation, ne sont sûres qu'à la condition de persévérer dans l'étude de la loi divine, des traditions saintes, des enseignements de la science. Sans cela, les erreurs seront fréquentes, les sophismes invincibles, les chutes inévitables. — Bien agir n'est pas non plus affaire d'instinct; et les manifestes inspirations d'en haut ne sont point communes. Pour prêcher et diriger les âmes, le prêtre a besoin d'étudier. Pour régir sagement sa maison, le chef de famille est tenu de s'instruire et de ne pas se livrer à la précipitation de ses pensées ou de ses passions. Pour exercer une charge ou un négoce quelconque dans la cité, il faut apprendre son métier et observer en quelles circonstances toujours variables on est appelé à l'exercer. La science est donc aussi indispensable pour bien agir que pour bien penser ; et conséquemment elle est habituellement nécessaire à la vertu.

D'ailleurs, l'étude est un antidote excellent contre

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