‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 107 sur 153 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

les terribles fièvres qu'allument, dans les âmes, la faim des plaisirs sensuels ou la soif des richesses et des grandeurs. L'étude est une source d'humilité, de modestie, de simplicité dans les mœurs, de soumission aux légitimes autorités, parce qu'elle montre clairement à chacun sa véritable place, toujours fort petite, dans l'immense harmonie des choses et des temps. Elle est même d'autant plus favorable à l'esprit de juste soumission et de fraternelle condescendance, qu'elle atteint à de plus hauts sommets et qu'elle reçoit du ciel déplus vives lumières.

Et saint Thomas conclut en observant que Dieu est tout ensemble l'infinie science et l'infinie sainteté ; que ces deux perfections, admirablement harmonisées et même identiques entre elles, ne sauraient être opposées dans leurs participations et imitations finies; qu'une sainteté contredite par la science ne serait pas une réelle sainteté, et qu'une science ennemie de la vraie sainteté ne serait qu'une science mensongère. Le vrai et le bien sont une même chose avec l'être, avec le beau, avec le juste. Comment peut-on craindre que l'un nuise jamais à l'autre {^)?

I. Voir VOratio in iaudem D. Thomœ Aquinatis que nous prononçâmes le 7 mars 1878, devant la Faculté de Théologie de Lille.

Gl)apttre quator5tème.

De l'excellente philosophie du Docteur Angélique.

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E disiar vedestc senza frtitto Tai, che sarcbbe lor disio quetalo, Ch' eternalmente è dato lor perhitto.

lo dico d' Aristotik e diPlato, E di moîti altri.

Combien en avez-vous vu désirer inutilement ce grand savoir, et garder, de leur désir inassouvi, une éternelle tristesse ! Je parle d'Aristote et de Platon, et de beaucoup d'autres.

(Dante, Purgatoire, ch. ÎII.)

[ERSONNE ne saurait douter que la meilleure de toutes les philosophies ne soit celle du bon sens. Comment, en effet, la science où la raison se développe le plus magnifiquement, ne serait-elle pas une science pleine de sagesse, de prudence, de droiture, d'évidence, de sens commun?

Hélas ! bien des philosophes ont manqué, et manqueront encore, de ces qualités essentielles, élémentaires. Beaucoup ont purement déraisonné, en remplissant le monde de leurs faux raisonnements, et en substituant la sophistique à la vraie logique.

Dante a dit que le démon est un grand « logicien », — mais un logicien d'erreur et de mensonge, de méchantes subtilités et d'arguties détestables.

L'ange, au contraire, est le révélateur du vrai, l'illuminateur des esprits qui lui sont confiés, le vain-

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queur des ténèbres et des incertitudes : c'est pourquoi saint Paul l'appelle « l'ange de lumière ».

Thomas d'Aquin, en philosophie, est l'adversaire déclaré de toute sophistique diabolique, l'organe resplendissant de toute logique angélique et divine; et à ce titre il a mérité, plus que personne ici-bas, d'être lui-même surnommé le Docteur Angélique.

S'il se refuse, — autant qu'il lui est possible au XI 11^ siècle, et avec les ressources scientifiques de son temps, — à partager les opinions superstitieuses ou les puériles imaginations du vulgaire, il prend pour base assurée de ses hautes recherches métaphysiques les notions, les principes, les faits les plus manifestes et les plus certains, ceux auxquels le genre humain tout entier adhère sans la moindre hésitation.

Ainsi donne-t-il une légitime satisfaction aux esprits nombreux et distingués que l'on voit, d'âge en âge, fatigués des contradictions et des luttes stériles de la philosophie, chercher un point d'appui dans le sentiment commun des hommes, dans le consentement universel, et dans la constante tradition des siècles. Certes, saint Thomas ne partage ni le scepticisme ni la désespérance intellectuelle qui ont suggéré à ces philosophes la résolution de ne plus se fier à aucune

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