‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 108 sur 153 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

évidence personnelle, à aucune argumentation individuelle, toute décisive qu'elle puisse paraître. Mais il leur offre de les conduire à la possession du vrai par un chemin si solide, si droit, si ouvert, que la raison naturelle, exempte de passions et de préjugés, ne fit jamais difficulté de l'y suivre et jamais ne se repentit de s'y être engagée.

Les mésaventures fameuses et ridicules de la philosophie ont de tout temps, du nôtre très particulièrement, poussé d'autres esprits à rejeter toute science qui ne trouve pas son contrôle immédiat et sa preuve directe dans l'expérience sensible, dans l'expérimenta-, tion physique et matérielle. Rien n'est sûr, ont-ils dit, rien n'est démontré, sinon ce que l'on voit et ce que l'on entend, ce que l'on touche des mains et ce que l'on mesure à la règle et au compas.

L'Angélique Docteur ne méconnaît pas la nécessité de descendre jusque-là, pour asseoir les immuables fondements du vaste et harmonieux édifice de la philosophie; de s'établir solidement là, avant que de monter dans les hautes sphères de la pensée.

Il ne manque donc jamais de recourir, en commençant ses admirables études rationnelles, aux plus humbles et aux plus évidents phénomènes du monde

corporel. Il y revient à tout instant, pour y trouver des preuves, des comparaisons, des exemples, dont la portée est d'autant plus considérable que le caractère en est très simple, très net, souvent très naïf.

Que de fois ce sublime maître emprunte ses formules et ses analogies à l'atelier du charpentier, au chantier du maçon! Que de fois il cite comme argument la manière dont l'architecte élabore son plan, dont le père de famille gouverne sa maison, dont l'enfant commence à balbutier ou à marcher!

Assurément, il ne s'arrête pas à ce niveau inférieur de la raison humaine, et il entend bien s'élever avec elle à la connaissance de l'immatériel, de l'invisible, de l'infini. Mais c'est avec tant de liaison dans les pensées et dans les raisonnements, avec tant de prudence et d'évidence dans les développements et les ascensions de l'intelligence, — que toujours il est en contact avec son terrain primitif, avec sa première base d'opération, — et qu'il donne aux prétentions du positivisme toute la part de légitime satisfaction que ce système peut réclamer.

Nous reconnaissons, en effet, que le positivisme anglais ou français, allemand ou italien, avait le droit

de protester contre les rêveries et les sophismes que

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