‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 110 sur 153 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Mais Léon XIII et les savants ont aussi déclaré, — ce dont on peut aisément se convaincre par soimême, — que la doctrine thomistique n'en est pas altérée dans son fond, dans sa substance, — à la différence de tant d'autres systèmes qui, avec des détails utiles et sous des dehors brillants, sont essentiellement faux et radicalement mauvais.

Un positiviste d'outre Manche déclarait naguère qu'il se décidait à rompre en visière à l'église anglicane, parce qu'elle enseignait des dogmes inadmissibles pour la science. Ces dogmes, ou du moins les explications officielles qu'on en donne en Angleterre, sont de pures inventions de la philosophie moderne; et jamais l'Eglise catholique, jamais saint Thomas d'Aquin, n'ont rien proposé de semblable à notre foi. Aussi espérons-nous que le jour ne tardera guère, où les savants se retourneront avec confiance vers la philosophie thomistique, et vers le Siège Apostolique dont elle exprime fidèlement la pensée.

Car, il faut se hâter de le dire, cette philosophie, foncièrement d'accord avec le bon sens, est également en parfaite harmonie avec la révélation chrétienne. Il en doit être ainsi, puisque elle est le fruit authentique de la saine raison, et que celle-ci reflète exactement.

228 SAINT THOMAS d'AQUIN.

quoique d'une façon moins éclatante, l'infinie vérité qui est dans l'Auteur adorable de la révélation.

La foi catholique, la théologie des premiers Pères de l'Eglise, n'eurent presque pas de difficulté à s'allier avec la philosophie de Socrate et d'Aristote. Peu d'erreurs graves à supprimer, quelques confusions à éclaircir, certaines lacunes à combler, d'excellentes bases à conserver, une méthode presque parfaite très facile à perfectionner encore, — telle fut la tâche qui s'offrit aux évêques et aux prêtres providentiellement appelés à l'honneur de baptiser, pour ainsi dire, cette admirable sagesse socratique et aristotélicienne, si proche de la foi divine, que Clément d'Alexandrie ne craignit pas d'y reconnaître une introduction au

christianisme.

L'œuvre était sans doute accomplie, lorsque l'Ange de l'École apparut dans le monde ; mais l'audace et la légèreté de quelques professeurs, esprits vains et inconsidérés, menaçaient de rompre, au profit du paganisme, l'alliance autrefois conclue entre la raison et la foi. Il fallait la fortifier, la rendre indestructible et inviolable. Il fallait ôter à la philosophie traditionnelle les restes de son rationalisme primitif; et lui infuser assez de sève chrétienne, pour qu'on n'eût plus

Page 1