‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 111 sur 153 · CHAPITRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME

à redouter d'elle la moindre végétation vénéneuse. Et de fait, la philosophie complétée par saint Thomas n'a causé aucune erreur, aucun danger, dans l'Église de Dieu. Celles qui s'en sont écartées n'ont pas été exemptes de péril; celles qui l'ont contredite ont incliné vers l'hérésie, ou du moins glissé dans mainte opinion aventurée et suspecte ; et quand le protestantisme a voulu s'établir en maître dans l'Europe centrale, il a dû commencer par rompre avec les principes et les procédés rationnels de l'Ange de l'Ecole.

Les reprendre aujourd'hui, comme le Souverain Pontife nous presse de le faire, est donc une mesure qui intéresse grandement la foi et la théologie catholiques. Et c'est une œuvre de haute piété, à l'heure qu'il est, de seconder en toute manière cette restauration philosophique, moyennant laquelle l'homme, redevenu plus homme, redeviendra plus aisément et plus solidement chrétien.

Gl)apttre quinstème.

De l'excellente théologie du Docteur Angélique.

Dîspregib cîbo ed acqnisth savere. ! Il méprisa les festins et il acquit

1 une science sublime.

(Dante, Ptirgaloire, ch. XXII.)

E n'est pas être un grand et vrai théologien que de savoir uniquement défendre les livres, les dogmes, la morale de l'Église, contre les attaques de ses adversaires; que de connaître uniquement, fût-ce à la perfection, la Bible et les langues bibliques, l'hébreu et le chaldéen, le grec et le latin; que de posséder uniquement la chronologie et la biographie, l'histoire et la géographie ecclésiastiques. Réunir ces diverses connaissances et y ajouter une abondante érudition de textes sacrés, une vaste lecture d'auteurs anciens, une grande habileté dans la solution des cas de conscience et dans la pratique du droit canonique, ne suffirait pas même à faire un véritable maître en théologie.

Il y faut, et ceci est absolument essentiel, r intelligence de la vérité révélée. Approfondir les notions sublimes que Dieu a daigné nous communiquer et

que l'Église nous propose; les éclairer les unes par les autres, et aussi par de prudentes analogies empruntées au monde de la vérité naturelle ; les coordonner logiquement,harmonieusement, savamment; en déduire de rtouvelles conclusions et en faire jaillir de nouvelles et pures lumières, — voilà exactement ce qui s'appelle théologiser.

Une foi exacte et complète, humble et ardente; une raison pénétrante et puissante, respectueuse et circonspecte, sont donc les deux premières qualités d'un théologien : et c'est d'après elles, d'après leur degré de perfection, qu'on peut juger du mérite relatif des docteurs de la science sacrée.

A ce compte, notre admirable saint peut bien être estimé le plus grand de tous.

Aucun ne l'a égalé dans l'exacte appréciation des limites et des objets de la révélation. Il est parfaitement en accord avec l'Eglise, n'allant ni plus ni moins loin qu'elle, quand il s'agit de croire. La doctrine qu'il enseigne est un impeccable miroir de ce qu'elle propose à notre foi, soit explicitement soit implicitement. On ne saurait trouver un plus fidèle écho des papes et des conciles, de même que les conciles et les papes ne sauraient trouver un plus fidèle interprète.

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