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CHAPITRE QUINZIÈME

Léon XIII a ordonné à cet astre bienfaisant placé par la main du Tout-Puissant dans le ciel de l'Église, de rester toujours immobile au milieu de sa course. La voix du pontife a retenti dans le monde entier, et nous en avons précédemment recueilli l'écho dans ce modeste livre.

Oui, Léon XIII a vu « l'Amorrhéen :^, le peuple des faux sages et des sophistes menteurs, livrer un combat suprême et acharné au peuple de Dieu, à la légion des amis et des serviteurs du vrai ; et il s'est écrié : « Soleil, ne marche pas vers Gabaon ; et toi, lune, ne descends pas vers la vallée d'Ajalon ! » O lumineux Docteur d'Aquin, ô sainte Théologie éclairée par les splendeurs de la Somme, ne disparaissez plus de notre ciel !

« Et le soleil et la lune s'arrêtèrent, jusqu'à ce qu'Israël se fût vengé de ses adversaires. Cela n'est-il pas écrit à'àXi^X^ Livre des Juges? Le soleil demeura donc au milieu du ciel, et durant un jour il cessa de baisser. Ni avant ni après il n'y eut un si long jour que celui-là, où le Seigneur obéit à la voix de l'homme et combattit pour Israël ('). »

Dieu combat véritablement pour son Eglise en lui

I I. Jos., X, 12-14.

I Saint Thomas d'Aquin. i6

238 SAINT THOMAS DAgUIN.

rendant, à la voix du Pape, le Soleil Angélique avec sa théologie et sa philosophie resplendissantes. Ce coup de Providence nous semble présager un long jour de civilisation et de science catholiques.

Mais il y aura un jour plus long, éternellement long, — celui du ciel, — où la doctrine de saint Thomas, pour ainsi dire fondue et transfigurée dans la vision béatifique, sera plus que jamais l'objet de notre admiration. Comparée avec les infinies splendeurs du Verbe divin, elle n'apparaîtra sans doute que comme une très faible et très humble lueur, une sorte d'aube matutinale très incertaine, très timide.

Et pourtant elle sera vue si conforme aux éblouissantes clartés du Soleil Divin dans son plein midi, qu'elle restera encore une des beautés du paradis.

Elle était au concile de Trente, au milieu des évêques et des théologiens.

Elle sera au ciel, au pied du trône de l'Agneau, dans la pensée des saints et des anges.

Cl)apitre 0et3îème.

De la grande influence du Docteur Angélique sur les lettres et les arts.

0 tu^ che onori ogni sciencia ed arle ! Il O toi, qui honores toute science et

Il tout art !

(Dante, Enfer ^ ch. IV.)

j'INFLUENCE delà philosophie et de la I théologie est certainement grande sur

les belles-lettres, sur les beaux-arts. Les

siècles matérialistes et irréligieux ne peuvent être riches en œuvres sublimes. Le souffle vital et inspirateur leur manque. Par contre, les époques de grande foi et de haute raison enfantent les génies, les chefs d'œuvre.Oue l'on ne s'étonne donc pas de l'action très bienfaisante exercée parle plus parfait des théologiens et des philosophes, sur la littérature et les arts des pays et des temps qui furent fidèles à sa doctrine.

Dès le treizième siècle, les annalistes et les chroniqueurs enregistrent avec admiration, avec amour, son nom et les traits les plus éclatants de son histoire. Cinquante ans après sa mort, Tolomeo de Lucques, évêque de Torcello, Guillaume de Tocco, prieur de Bénévent, Bernard Guidonis, évêque de Lodève, et d'autres encore, ont déjà écrit le récit de sa vie, de ses

miracles, de son procès de canonisation ou des premières translations de son corps. Dans les siècles suivants, il aura de nombreux biographes, tels que saint Antonin de Florence et le sénateur Morosini de Venise.

On se rappellera qu'il a été l'un des grands poètes du moyen âge, et sa vie sera chantée en plusieurs poèmes ('), mais surtout en la divine Commedia de Dante, qui est seule digne de lui {f).

Les peintres et hnagiers catholiques sont peutêtre plus dévoués encore à la gloire de l'Ange de l'École. Au quatorzième siècle, dans la chapelle des Espagnols de Santa-Maria-Novella de Florence, Taddeo Gaddi, l'élève préféré de Giotto, représente saint Thomas d'Aquin environné des anges du ciel ;

1. Pour les poèmes en l'honneur de S. Thomas d'Aquin, cf. Echard, tom. cit.^'g. 282 ; A. Daniel, Thésaurus hymnolo^icus^ tom. I, p. 279-280; F. J. Mone, Latèmische Hymnen des Mz/^ela/ters, iom.llI,p. 517-520; etc., R. P. Gros, S. Thomas d'Aquin et Toulouse^ p. 9-13; R. P. Dreves, Historiée rythînicœ^ P- 2Ç3 seq., etc. — On sait qu'un abrégé de la Somme Théologique a été composé sur le rythme du Lauda Sien. — Dans sa léo"ende de S. Thomas, G. de Tocco affecte souvent de donner à sa prose des formes rythmiques parfois agréables, comme il s'en trouve en plusieurs offices liturgiques du moyen âge. — Pour les œuvres poétiques, réelles ou supposées, du saint Docteur, cf. Echard, tom. ctt.^ p. 340; A. Daniel, tom.l, p. 251-256, 352; tom. II, p. 97-100; F. J. Mone, to7n. I, p. 259,275, 278; tom. II, p. 257 seq., 377 seq. — On attribue à Santeuil, et ce serait sa meilleure gloire, d'avoir préféré une seule strophe de S. Thomas, {Se nascens dédit socium, etc.) à toutes ses hymnes pseudo-liturgiques.

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