CHAPITRE SEIZIÈME
a placé en demi-cercle autour de sa tête les Evangélistes ; au-dessus d'eux, presque vis-à-vis des deux philosophes païens, il a mis Moïse et saint Paul qui tiennent ouvert le volume de leurs écrits. Au-dessus d'eux encore, dans le haut du tableau, la Sagesse Incarnée elle-même, Jésus-Christ, Verbe fait chair, est représenté entouré d'une couronne d'esprits célestes, lançant de ses lèvres divines un grand nombre de rayons de lumière dont les uns vont tomber directement sur le saint Docteur d'Aquin, et les autres sur les livres des auteurs sacrés d'où ils se reflètent sur lui.
« Les effets abondants de la science du Docteur Angélique sont représentés par des rayons qui partent de la Somme, pour se répandre sur une multitude d'ecclésiastiques placés aux deux côtés inférieurs du tableau. Parmi eux, on en voit qui semblent recueillir avidement ses enseignements, admirer l'étendue et la profondeur de son savoir, et finalement en discuter tranquillement avec les autres. Enfin l'on aperçoit, aux pieds de saint Thomas, Averroës gisant à terre, appuyé sur le coude du bras droit, le visage humilié et abattu : près de lui se trouve le Grand Commentaire vaincu et brisé par un rayon parti de la Somme. De cette façon, le tableau tout entier n'est que l'explication historique
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de ces paroles de l'Écriture Sainte : Ma bouche sera r organe de la vérité, et mes lèvres détesteront l impiété (^).l> Un siècle plus tard, Benozzo Gozzoli traite le même sujet dans une composition exécutée pour le Dôme de Florence, et transportée au Musée du Louvre. Mais il y introduit la grâce mystique de fra Angelico de Fiesole, avec de fort heureuses innovations. Les panneaux secondaires de cette composition de Gozzoli représentent le pape Alexandre IV, le si dévoué protecteur de saint Thomas durant les luttes de l'université de Paris ; puis Albert-le-grand et frère Bonaventure, le meilleur maître et le meilleur ami de notre saint à la même époque (^). Le sujet principal nous montre d'abord le Christ apparaissant du haut des cieux, entouré d'anges, environné d'une resplendissante auréole, et bénissant le Docteur Angélique avec ces paroles : Vous avez bien écrit de moi. Moïse
1. TKL.\MO,nAr7stotéiisme dajts la scolastique, p. 314. L'auteur dit en note : « Cette peinture est conservée à Pise dans l'église de sainte Catherine ; elle a été décrite et expliquée par Rosini, Vasari, Lanzi, Valéry, Ampère, Poujoulat, et d'autres encore. Si maintenant on veut savoir à qui est due l'idée que ce tableau a voulu exprimer, c'est-à-dire, si elle est de l'invention du peintre, ou si elle lui a été suggérée par quelque dominicain, comme Renan le suppose, il faut lire les remarquables réflexions reproduites dans le XXXI IP vol. de La Scienza e la Fede^ série I, p. 228 et suiv. »