‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 12 sur 153 · CHAPITRE DEUXIÈME. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. I

vive force la main. Désormais, pour calmer les pleurs de cet enfant, il suffira de lui rendre son Ave Maria ; il le baisera aussitôt, et ses douleurs seront apaisées. Il voudra même s'en nourrir comme d'un rayon de miel, naïf et gracieux présage où les contemporains virent une annonce de sa dévotion envers la Sainte Vierge, de son affection singulière pour la pureté, de sa vocation merveilleuse pour la science sacrée.

Elevé, pendant les cinq premières années de sa vie, avec toute l'attention que réclamaient et encourageaient des marques aussi spéciales de la protection divine, Thomas d'Aquin fut ensuite offert à Dieu par ses parents et conduit au Mont-Cassin ('), accompagné de sa nourrice et d'une escorte convenable à son rang, dit un antique historien.

L'abbé Sinibald, supérieur de cette sainte et célèbre abbaye, était, nous l'avons observé, le frère du comte Landolfe ; et ce lien de famille pouvait faire espérer qu'un jour le jeune Thomas succéderait à la dignité de

I. Cette montagne fameuse, d'où l'ordre bénédictin, le plus illustre et le plus considérable de tous pendant le moyen âge, s'est répandu dans l'Europe entière, est toute voisine de la ville d'Aquin ; trois milles à peine l'en séparent. Les comtes d'Aquin et les abbés du Mont-Cassin étaient donc naturellement portés à s'allier pour leur commune défense dans ces temps troublés.

l6 SAINT THOMAS i/aOUIN.

son oncle. L'ermite de Rocca-Secca avait dit : « Vous aurez l'espoir de posséder, par son élévation à cette prélature, les revenus du monastère ; » et Landolfe, sinon Théodora, obéissait, sans le savoir peut-être, à cette naturelle ambition.

Assurément il ne pouvait point, en 1230, engager son fils dans l'état monastique. Tout s'y opposait : l'âge si tendre de l'enfant, la régularité exemplaire de l'abbaye du Mont-Cassin à cette époque, surtout les desseins arrêtés de la Providence. Mais il donna du moins au petit comte une éducation propre à lui inspirer le goût de la vie bénédictine ; et comme on voit, encore aujourd'hui, de jeunes enfants élevés dans certains monastères et vêtus de l'habit religieux qu'ils déposent ensuite ou qu'ils conservent à leur gré, ainsi Thomas d'Aquin put très bien revêtir la robe et le scapulaire noirs, sans appartenir pour cela à l'ordre de saint Benoît (').

Il eut un maître particulièrement attaché à sa personne, et il montra une extraordinaire ardeur pour

I. Tel est évidemment le sens de la déposition de B. de Capoue dans le procès de canonisation : « Pater dicti fratris Thomœ, origine nobilis atque potens, monachavit dictum fratrem Thomam puerum, disponens eum abbatiae praeficere. » (BolL^ t. cit., p. 711 ; cf. Echard, t. cit., p. 273.)

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