‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 123 sur 153 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

en le représentant agenouillé devant l'autel, revêtu d'une longue chape dominicaine constellée d'étoiles, et ravi par les assurances d'orthodoxie, ou par les promesses de récompense éternelle, que le divin Crucifié son maître daigne lui faire entendre.

Si l'on désire maintenant se rendre compte de la théorie esthétique de saint Thomas, et de l'influence qu'elle a eue sur les artistes chrétiens de son temps, sur leurs successeurs au moyen âge, sur ceux qui de nos jours se sont efforcés de reprendre les pures traditions auxquelles nous devons les merveilles du XI 11^ siècle et des suivants, — que l'on veuille bien, parla pensée,remonter au 15 mars 1270, quatre ans avant la mort de notre Angélique Docteur.

Ce jour-là, son illustre ami, saint Louis de France, avant de commencer sa deuxième croisade, dont, hélas! il ne devait point revenir, se rendit, nu-pieds, à Notre- Dame de Paris, accompagné de Philippe son fils aîné, de Pierre son troisième fils, et de son neveu le comte d'Artois. De retour au palais, il y reçut les hommages, les vœux, les regrets, de ses plus chers sujets.

Et alors, — si l'on nous permet de prendre ici pour guide, non plus l'histoire exacte, mais notre imagination, — une intime et sainte conversation, qui devait

être la dernière entre le plus noble des rois et le plus sublime des docteurs, mit en pleine lumière leur commune pensée sur le beau et sur les arts. Nous allons la supposer et même la redire de notre mieux, comme si nous avions été l'un des secrétaires de ces grands hommes, et que nous eussions soigneusement noté leurs novissima verba.

Tandis donc que l'on achevait les préparatifs du départ pour Vincennes, où l'on comptait passer la première nuit du voyage, le roi voulut dire adieu à sa Sainte- Chape lie y et la contempler encore à loisir, afin d'en emporter une plus vive image dans son cœur. Il prit frère Thomas par la main, et ensemble ils allèrent prier devant l'autel. Ils en baisèrent pieusement la table sacrée, puis ils parcoururent lentement tout l'édifice. Ils considérèrent les voûtes hardies et les fenêtres immenses ; ils revirent les sculptures élégantes, les verrières historiées, les peintures aux brillantes et harmonieuses couleurs ; ils visitèrent le sacraire avec ses vases d'or, ses ornements de soie précieuse, ses livres liturgiques merveilleusement enluminés et reliés. Puis, s'arrêtant sous le portail, au milieu des conseillers de la Cour et des clercs de la Chapelle, le roi fixa son doux regard sur le Docteur

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