CHAPITRE SEIZIÈME
gence, par la certitude dont il la remplit, — de même qu'il se révèle comme bien à la. volonté, par l'amour qu'il excite en elle et par la joie dont il l'inonde, — de même aussi il se révèle comme beau à l'âme, par le plaisir vif et délicat dont sa contemplation est pour elle la source.
Le roi dit : A ce compte, ô maître, Dieu, qui est l'Etre infini ; Dieu, qui est si bon que meilleur ne peut être, comme dit, après saint Augustin, notre ami Jean sîrede Joinville ; Dieu, qui est la vérité sans mélange et sans limite, est par conséquent aussi le beau sans imperfection et sans mesure ; lui-même ressent un plaisir infini à se contempler; et ses anges, ses élus sont perpétuellement ravis de sa beauté.
Frère Thomas dit : Oui, seigneur roi ; et toute beauté vient de lui, parce que c'est lui qui a mis en chaque chose l'être qui fait plaisir à voir, comme il y a mis l'être évident à connaître, l'être bon à désirer et à posséder. Tout ce que j'admire en cette Chapelle, la grandeur, l'harmonie des proportions, l'élégance des lignes, la noblesse et la majesté des formes, l'éclat des couleurs et la variété des ornements, la parfaite adaptation de toutes choses au culte divin, l'heureux choix des figures et des emblèmes, la justesse et la vérité
256 SAINT THOMAS d'AQUIN.
des symboles, tout participe en quelque degré à l'Iùre infini. Et comme cet Être infmi, même seulement entrevu derrière le voile du monde créé, ou à travers les ombres mystérieuses de la foi, exerce sur mon esprit un enchantement qui lui arrache ce cri enthousiaste : O mon Dieu, que vous êtes beau ! ainsi l'être fini de cet édifice enchante les yeux de mon corps et de mon âme, et me force à m'écrier : O maison de mon Dieu, que tu es belle ! Et comme l'être de la Sainte-Chapelle est durable, ainsi sa beauté est permanente ; et l'un et l'autre subsisteraient dans la mémoire de Dieu et dans l'estime des hommes, lors même que le temps ou l'incendie renverseraient ce portail, ces voûtes et ces rosaces, et cette flèche étincelante d'or.
Le roi dit : L'artiste qui cherche la beauté cherche donc Dieu même ; et celui qui la rencontre a la joie de rencontrer l'image de Dieu ; et celui qui la fixe dans son œuvre, imite Dieu créant la forme et la beauté de l'être.
Frère Thomas dit : Vous dites très vrai, ô roi. L'architecte, en effet, imite Dieu créateur et constructeur de l'univers entier, de ce temple immense, harmonieusement dessiné, dont la terre, avec ses assises insondables et ses montagnes gigantesques, forme les