‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 126 sur 153 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

substructions et les murailles ; tandis que, sous la voûte du firmament, le soleil et les astres radieux symbolisent la gloire du Très- Haut, comme les lampes sacrées, les couronnes de lumière et les encensoirs de nos basiliques. Le sculpteur imite Dieu créateur des êtres vivants, des feuillages aux élégants contours, des fleurs et des fruits naturellement destinés à embellir les chapiteaux de nos colonnes et les rinceaux de nos voussures, des animaux à la démarche fière comme celle du lion ou gracieuse comme celle de la colombe, de l'homme enfin dont la face, illuminée par une divine beauté, reflète le triple rayon de la vie, de la sagesse et de la bonté. Le peintre imite Dieu créateur de la lumière, de l'azur des cieux, des nuances de l'arc-enciel, des reflets charmants de l'aurore ou du crépuscule, des couleurs pareilles aux sons d'une harpe qui parlerait aux yeux, des ombres qui sont comme les silences et les pauses d'une parole qui serait visible. Ainsi nos artistes imitent les œuvres de Dieu dans l'ordre de la nature. Et quand, à cette première imitation, ils en ajoutent de plus sublimes encore; quand ils pénètrent avec leur compas, leur ciseau ou leur pinceau, dans l'ordre surnaturel de la grâce et de la gloire; quand ils servent d'échos fidèles à la révélation divine, et

d'organes à la rédemption accomplie par le Verbe fait chair; quand surtout, venant à leur secours, la poésie chrétienne dicte ses chants inspirés, la musique d'église module ses graves et douces harmonies, l'éloquence sacrée parle le langage du Sinaï et du Thabor, on peut bien dire, ô roi, que le ciel s'ouvre à la terre ; et que des collines éternelles descend vers nous la Jérusalem céleste, parée comme une fiancée pour son époux, vêtue de gloire et de lumière, resplendissante d'or et de pierres précieuses.

Le roi dit : Qui chantera ces noces de l'Agneau ? Qui louera, comme il convient, les serviteurs dont la main habile a tissé le royal vêtement de la fiancée, les ouvriers qui l'ont ornée de vérité, de sainteté et de beauté ? Je les vois, dans mon royaume, dans la société humaine tout entière, partagés en trois classes et comme en trois chœurs angéliques. Les uns donnent à l'épouse du Christ son diadème de science et de vérité: ce sont les docteurs. Les autres lui donnent son sceptre de charité et de sainteté: ce sont les prêtres. Les autres enfin lui donnent son manteau de grâce et de beauté : ce sont les artistes. Et tous ensemble ils continuent l'œuvre de « Celui par qui tout a été fait et sans lequel rien n'a été fait » ; de Celui qui est le Docteur, le Prêtre,

Page 1