CHAPITRE SEIZIÈME
l'Artiste par excellence; de Jésus-Christ, Fils et Verbe de Dieu, pour l'amour de qui je vais guerroyer, et mourir, s'il le veut, au pays des infidèles.
Frère Thomas dit : C'est le véritable honneur, c'est la réelle utilité des artistes, que d'être associés de la sorte, dans le peuple chrétien, à l'action du Verbe adorable et à la fonction des docteurs et des prêtres. Que jamais donc ils ne s'abaissent à être de simples pourvoyeurs de plaisirs et d'amusements ! Car, dès lors, le sage Platon les bannirait même de sa république païenne ! Que leur idéal soit plus pur, leur ambition plus haute, leur art plus divin ! Que le crayon impur soit brisé! Que le ciseau voluptueux soit jeté au fond delà mer, avec ses œuvres scandaleuses ! Que le pinceau corrupteur, que l'archet lascif, que la plume menteuse ou séductrice, soient livrés aux flammes!
Le roi dit : Et que les artistes, dignes de leur noble et sainte mission, sachent que mon sceptre royal demeure étendu sur leurs ateliers pour les protéger, les favoriser, et y faire épanouir cette pure beauté qui est elle-même l'épanouissement de l'être, du vrai, du bien!
Frère Thomas dit : Vos ancêtres, seigneur roi, n'ont jamais négligé d'exercer cette royale protection; et les princes de votre race seront toujours aussi les
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amis de l'art chrétien. La fleur de lis, peinte sur leur blason, suffirait à leur rappeler ce devoir, s'ils pouvaient l'oublier. La fleur de lis est un gage charmant de sécurité pour les beaux-arts, comme pour les lettres et pour la vertu. Prêtres, docteurs, artistes, fleuriront autour d'elle ; tandis que la flèche de la Sainte-Chapelle du Palais, semblable, elle aussi, à une tige de lis fleurie au cœur de la France, leur rappellera votre fidélité et votre amour envers l'Église qui est tout à la fois la colonne de la vérité, l'école de la sainteté, le temple de la surnaturelle beauté.
Le roi dit : Mais n'ai-je pas manqué aux traditions de mes pères, aux lois mêmes du beau, en adoptant pour cette Chapelle le style récemment inventé par nos architectes français; et en donnant de la sorte une sanction peut-être définitive à ce genre de construction qu'ils appellent ogival .-* Ni Saint-Remi de Reims ni Saint-Denis de Paris, le berceau et le tombeau des rois de France, ne sont bâtis selon ce système. N'encourrai-je pas le reproche, au jugement de la postérité chrétienne, d'avoir délaissé les formes des antiques églises, soit de l'Orient et de la Grèce, soit de l'Occident romain et de la Gaule même, pour un style que je trouve assurément gracieux, mais qui est