CHAPITRE SEIZIÈME
bien moderne ? Si mes artistes s'arrogent ainsi le droit d'innover, pourquoi leurs successeurs n'y prétendraient-ils pas à leur tour ? Et que deviendrait l'art catholique, l'art français, au milieu de ces continuelles variations et de ces perpétuels changements ?
Frère Thomas dit : L'Evangile recommande « de mettre le vin nouveau en des outres nouvelles » . Comment, pour les idées si nouvelles du christianisme, pour le culte du Nouveau Testament, pour les mystères et les sacrements de Celui qui a tout restauré et renouvelé, n'aurions-nous pas cherché des formes pareillement nouvelles, et construit des sanctuaires d'un style frais, printanier, et pour ainsi dire en fleur? L'art ancien, tel que vous l'avez vu dans votre première croisade, ô seigneur roi, tel que je l'aj moi-même admiré à Rome et à Naples, est d'une incontestable beauté. La primitive Église a donc pu l'employer à son service, en le débarrassant autant que possible de ses éléments idolâtriques ou trop sensuels. Mais cette simple purification ne suffisait ni à l'Église ni à l'art lui-même ; l'une et l'autre tentèrent bientôt d'innover, et leur sève mêlée donna naissance à l'architecture byzantine d'abord, à l'architecture romane ensuite. Ces deux branches, pleines de
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vie et de force, se sont développées sous l'influence d'une idée directrice toute chrétienne, qui devait finalement en éliminer le vieux levain du paganisme et du naturalisme. Cette transformation s'est achevée sous nos yeux. Nos contemporains ont trouvé la solution entrevue et désirée par les âges précédents. Ils ont créé un art purement chrétien, digne de la régénération opérée en ce monde par Notre Seigneur Jésus-Christ, digne des cœurs nouveaux et des lèvres nouvelles que ce divin rénovateur a donnés à ceux qui croient en lui.
Le roi dit : C'est ce que vous avez vous-même, ô frère, admirablement chanté, avec les accents d'une poésie toute nouvelle et toute pure :
Nova sint omnia^
Corda^ voces et opéra !
Mais l'avenir ne trouvera-t-il pas mieux encore, et notre art ogival est-il l'art chrétien définitif.^
Frère Thomas dit : Il m'est facile de le penser, pour l'architecture principalement. Car, si l'expression littéraire des idées et des sentiments peut varier presque à l'infini, tout en demeurant fidèle aux lois fondamentales de la foi et du langage chrétiens ; si la musique, la peinture, la sculpture, peuvent participer,