CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
Et Béatrice commença : Remercie,
Remercie le Soleil des anges, qui, par sa grâce,
T'a élevé jusqu'à ce soleil du monde matériel.
Et alors,
Je vis nombre de lumières vives et triomphantes S'assembler autour de nous, comme pour nous couronner ; Plus douce encore était leur voix, que brillant leur aspect.
Dans la cour céleste d'où je reviens.
J'ai eu beaucoup de précieuses et belles joies,
Telles qu'on n'en ressent pas hors du paradis ;
Et le chant de ces lumières fut l'une de ces joies. Si vous ne prenez des ailes et ne volez jusque là-haut, Vous ne le saurez pas plus qu'en interrogeant un muet.
Alors, en chantant, ces brûlants soleils
Tournèrent autour de nous trois fois,
Comme les étoiles voisines des pôles du monde.
On eût dit un chœur de vierges s'arrêtant silencieuses, Au milieu d'une chaste danse, en attendant Que le luth commence un nouvel air.
Et j'entendis que l'un de ces soleils disait : Puisque
Le rayon de la grâce qui enflamme
Le véritable amour, cet amour qui va toujours croissant.
Se reflète en toi avec une puissance telle,
Qu'il t'a fait parvenir jnsqu'à cette hauteur
D'où l'on ne redescend qu'avec la certitude d'y remonter,
Personne de nous ne pourrait refuser,
A ta soif de savoir, le vin de son calice,
Non plus que le fleuve ne refuse ses eaux à la mer.
Tu veux savoir de quelles fleurs est tressée
Cette guirlande d'esprits, qui admirent
La beauté de Béatrice, ton guide vers le ciel.
Moi, je fus l'un des agneaux du saint troupeau
Que Dominique mène par un chemin
Où l'on trouve la perfection, à moins d'être frivole.
Celui-ci, mon plus proche voisin de droite, Fut mon frcre et mon maître : c'est Albert De Colog^ne, et moi je suis Thomas d'Aquin.
Si tu veux connaître tous les autres, Accompagne du regard mes paroles, Et parcours des yeux notre bienheureuse couronne.
Cette flamboyante et souriante lumière, C'est Gratien qui fut, pour l'un et l'autre droit, Si utile, que le Paradis se complaît en lui.
L'autre, qui ensuite embellit notre chœur, C'est ce Pierre, qui comme la pauvresse. Offrit à la sainte Église son trésor.
La cinquième lumière, la plus belle d'entre nous. Est le rayonnement d'une âme si aimante, Que la terre tout entière en désire des nouvelles ;
Car, en cette âme Dieu avait mis un savoir Si profond, que, si la vérité est vérité. Personne n'a égalé la science de Salomon.
Après, vois la lumière de ce flambeau. Saint Denis, qui connut le mieux, ici-bas, La nature et le ministère des anges.
Dans cette autre petite lumière tu vois sourire Orose, cet apologiste des temps chrétiens, Dont Augustin mit à profit le travail.
Cette magnifique description, dont nous verrons tout à l'heure le complément, me rappelle le tableau fameux où Raphaël, je l'ai dit, a représenté les plus illustres génies conversant en présence du Très Saint Sacrement. On y voit la blanche robe de saint Thomas se détachant, comme une lumière venue du ciel, au milieu de cette merveilleuse composition symbo-