CHAPITRE DIX-SEPTIÈME. 27S
Thomas d' Aquin est donc placé, dans le divin poème, entre ses deux maîtres, le bienheureux Albert-le-grand et le savant professeur Siger de Brabant, dont l'éloge à la fois mystérieux et caractéristique m'a fait dès longtemps soupçonner qu'il avait quelque titre à se voir attribuer le livre de \ Imitation de Jésus-Christ y rempli « de vérités odieuses » aux voluptueux, et du saint « désir de la mort ». Avec Siger, saint Isidore de Séville, le grand érudit espagnol; Bède-le-vénérable, le plus docte des théologiens anglais; Richard de Saint-Victor, gloire de l'Ecosse sa terre natale, et de Paris sa cité d'adoption ; le fier et courageux Boèce enfin, parfait modèle des hommes d'État chrétiens, complètent la guirlande des ardents et brillants soleils : mais lequel oserait se comparer au Soleil Angélique ?
Je vis la glorieuse couronne
Se mouvoir, et chanter avec tant d'harmonie
Et de douceur, qu'on ne le peut savoir,
Sinon là où la joie est éternelle.
Et puis chacun reprit le point du cercle Où d'abord il était placé ; et là, chacun Se fixa, comme le cierge sur le chandelier.
Et j'entendis de nouveau la voix de la lumière
Qui m'avait parlé, et qui me souriait
En devenant plus pure et plus brillante encore.
C'est que Dante était resté dans le doute relativement à deux endroits du discours de saint Thomas; et
276 SAINT THOMAS d'aQUIN.
celui-ci avait vu l'incertitude de ses pensées, dans la lumière infinie où les élus voient tout ce qu'il plaît à Dieu de leur manifester. Le premier embarras du poète concernait l'origine de l'ordre de saint Dominique, « où l'on trouve la perfection, à moins d'être frivole. » Le Docteur Angélique lui répond :
La Providence qui gouverne le monde, Avec une sagesse que nul œil créé Ne saurait pénétrer entièrement,
Voulut conduire sûrement vers le Christ bien-aimé
L'Église son épouse, qu'il s'est fiancée
Dans son sang béni, en poussant son cri suprême.
Et pour qu'elle lui fût plus sûrement fidèle,
La Providence prépara en sa faveur deux princes
Qui, placés à ses côtés, lui serviraient de guides.
L'un, François, fut tout séraphique par son ardeur ;
L'autre, Dominique, fut, par sa sagesse.
Dans le monde, une splendide lumière de chérubin.
Du premier seul je parlerai, car la louange de l'un Est absolument vraie de l'autre, Leurs œuvres ayant eu le même but.
Et dans un langage d'une extraordinaire beauté, saint Thomas d'Aquin retrace la vie merveilleusement humble et pauvre de saint François d'Assise, l'émule et l'ami de saint Dominique de Guzman. Il ajoute :
Pense maintenant quelle dut être la sainteté Du collègue donné à François, pour mener droit La barque de Pierre, à travers la mer immense.
Et celui-là fut notre patriarche;
Et quiconque agit comme Dominique,
Ne crois-tu pas qu'il fait bon négoce .'*