‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 138 sur 153 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

non sa propre utilité, mais le bien de la société tout entière.

— Le mauvais gouvernement est le gouvernement égoïste qui cherche son avantage propre, et qui, pour s'assurer contre les revendications populaires, substitue la force au droit et arrive ainsi à la tyrannie.

— La tyrannie peut être monarchique, oligarchique, démocratique : peu importe, c'est toujours la tyrannie, c'est-à-dire, la substitution du bien d'un seul ou de quelques-uns au bien de tous.

— Le bon gouvernement peut être pareillement royal, aristocratique, républicain : n'importe, s'il procure vraiment le bien de tous.

V — Cependant, et en principe, l'unité dans le gouvernement, ou la forme monarchique, est le meilleur moyen d'avoir l'unité et la paix dans la société ; les autres formes gouviernementales sont d'autant plus parfaites qu'elles se rapprochent de celle-là. Il en était ainsi au XI 11^ siècle, et le Docteur Angélique pouvait invoquer à l'appui de sa thèse l'expérience constante du passé.

— Mais, ajoutait-il, la tyrannie d'un seul est pire que celle de plusieurs, et celle-ci pire encore que celle de tous ; car la tyrannie du nombre a encore cet

avantage qu elle prétend respecter et même procurer le bien commun ; et l'on peut espérer, après tout, que les passions populaires se neutraliseront les unes les autres.

C — Cependant saint Thomas ne s'y fie que médiocrement, et il préférerait la monarchie à tout autre système politique, si l'on pouvait efficacement l'empêcher de devenir tyrannique.^

— S'il le devient, et qu'il soit décidément intolérable, on tâchera de le réformer par l'autorité de la nation même ; et si Ton n'y réussit pas, c'est que celle-ci n'aura pas commencé par se réformer elle-même et par invoquer le secours divin.

— Quelle récompense doivent se proposer les gouvernants ? La gloire, surtout la gloire céleste : « Cherchez d'abord le règne de Dieu, et le reste vous sera donné par surcroît. »

— Que le chef de l'Etat se regarde comme une providence chargée de régir sagement une partie du monde; comme une âme chargée de vivifier le corps auquel elle est substantiellement unie; comme un capitaine de navire chargé de conduire les passagers au port.

— Il devra procurer à son peuple la paix, la vertu,

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