CHAPITRE DIX-HUITIÈME
l'abondance des moyens nécessaires ou utiles à une vie honnête.
— Il devra veiller à la bonne transmission des charges et fonctions, à la bonne confection ou exécution des lois, à la protection des citoyens contre les ennemis du dehors.
— Son but sera le progrès; sans cesse il corrigera, complétera, perfectionnera.
— Il ne vendra jamais les charges et offices civils ou militaires.
— Il ne mettra pas en charge les personnes pauvres, sinon les pauvres par vœu ou par vertu; car les pauvres sans patience ni conscience sont « comme la nature qui a horreur du vide, et grand désir du plein : tout ce qu'ils font ne tend qu'à remplir leur estomac, et leur bourse».
— Le chef de l'État ne devrait pas être temporaire, car «s'il craint d'être congédié, il peut être continuellement tenté de se faire des amis avec le trésor public, avec les fonds de la nation ». )
— Il faut un trésor public, bien fourni de bonne monnaie, et dispensant de recourir à des emprunts qui sont funestes aux peuples et aux gouvernements, car on emprunte plus souvent qu'on ne rend.
Saint Thomas d'Aquin. 19
286 SAINT THOMAS d'aQUIN.
— Il faut, dans une juste mesure, des armées permanentes, sans lesquelles la force primerait toujours le droit, soit national, soit international.
— Peut-être qu'un soldat par mille habitants suffirait en temps normal; en temps de guerre, on armerait la multitude, sauf les infirmes et les clercs consacrés à Dieu.
— Que le souverain choisisse de bons ministres ; qu'il les honore et les protège en leur confiant ses châteaux-forts.
— Mais qu'il n'oublie pas que tout pouvoir vient de Dieu, et qu'au-dessus de la cité et de la nation, du roi et de l'empereur, il y a le pape, chef de la chrétienté au temporel, et vicaire de Jésus-Christ au spirituel.
— Le pouvoir est divinement institué contre le mal et pour le bien.
( — Ceux qui le détiennent doivent le faire respecter par leur conduite; et même, s'ils sont au sommet de l'échelle sociale, par leur magnificence, leur hospitalité généreuse, la splendeur de leurs palais, l'éclat de leurs chasses et autres exercices corporels, leur valeur guerrière, etc.)
— Cependant le plaisir n'est pas un but ; ce n'est qu'un moyen, un condiment, un assaisonnement, un