‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 140 sur 153 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

sel parfois nécessaire, mais dont l'abus est toujours nuisible.

— Le but de toute politique et de toute société, de toute puissance et de toute richesse, c'est la vertu.

L'Ange de l'École n'est pas moins remarquable comme maître d'économie sociale. — Il veut que les gouvernants soient riches de toute façon, mais surtout en richesses naturelles, en terres et forêts, en vignes et prairies, en troupeaux et en serviteurs, — afin de pouvoir s'occuper amplement et d'éviter les inconvénients de l'oisiveté ; afin de pouvoir se sufiîre à eux-mêmes, et d'éviter des rapports trop intimes avec certaines catégories de personnes parfois peu honorables ; afin de pouvoir échapper aux sophistications déjà fréquentes en ce temps-là dans le commerce des denrées. « Car les vivres qu'on achète n'échappent que rarement à la fraude, et ne valent pas, au point de vue de la nutrition, les produits qu'on obtient soi-même. Salomon nedisait-il pas (Prov.,v, 15): Bois leau de ta citeî'ne, comprenant sous cette formule toute espèce de nourriture, et principalement la boisson.-* Car celle-ci est plus facile à sophistiquer ; et fût-elle moins altérée dans sa nature et dans sa pureté, elle est plus prompte à nuire. De plus, les

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vivres qu'on fait soi-même produire au sol, sont bien plus sûrs. Ceux qu'on achète peuvent aisément être empoisonnés ou devenir nuisibles, et non pas ceux qu'on a emmagasinés dans son propre grenier ou dans son cellier. Est-ce que le prophète Isaïe (xxxvr, 6), exaltant les récompenses ménagées au juste, ne dit pas : Le pain lui a été donnée et les eaux qui coulent dans sa prairie sont des plus fidèles ? C'est-à-dire, on est plus en sûreté quand on mange son propre pain, et qu'on boit son propre vin. »

On a très souvent dit, de notre temps, que l'Eglise et ses Docteurs n'avaient jamais eu souci que des choses de l'autre monde ; et peut-être, parmi nos lecteurs, s'en trouvera-t-il qui s'étonneront d'entendre l'Ange de l'Ecole parler si simplement des choses de ce présent monde. Ils vont l'entendre aussi parler de l'obligation de subvenir aux besoins des pauvres, avec une force et une netteté de langage démontrant bien la fausseté d'une autre accusation portée contre l'Église qui, dit-on, n'aurait estimé la richesse qu'à la condition d'en jouir elle-même très amplement.

Il faut, d'après saint Thomas, que les chefs d'États soient «riches en aumônes »; car l'aumône est «la caution des riches auprès de Dieu, pour le paiement

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