‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 143 sur 153 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

faudrait leur faire porter un signe distinctif, et les contraindre, comme en Italie, au labourage et à d'autres travaux pour gagner leur subsistance.

L'usure et l'injustice font horreur à notre saint. Il veut qu'on s'en garde avec scrupule, conservant au prêt son caractère désintéressé ; évitant toute forme indélicate de négoce ou d'escompte ; respectant les lois relatives aux monnaies, aux poids, aux mesures ; ne cherchant pas à s'indemniser aux dépens des autres ; n'admettant jamais le succès, le gain, comme excuse pour des procédés tant soit peu suspects.

L'esclavage, le servage même, devraient disparaître de la cité catholique, telle qu'il la comprend. Ils empêchent le libre usage de nos puissances ; ils sont la suite du péché ; ils ne sont utiles et admissibles qu'à titre de châtiment comme dans le cas des usuriers juifs. Toutefois, un homme peut très légitimement s'offrir et s'engager à en servir un autre, dont il recevra aide et nourriture en échange de son obéissance et de son travail. J^

Je ne prolonge pas cette analyse des idées économiques de saint Thomas : elle me semble assez étendue déjà pour montrer que les questions sociales d'aujourd'hui ont été prévues, ont été même

résolues quant à l'essentiel, par l'Église du moyen âge et par le prince de ses théologiens.

Il avait renoncé à la richesse et à la puissance humaines : mais personne n'en a étudié mieux que lui les bases et déterminé les lois morales (').

I. Pour la doctrine exposée dans ce chapitre, et pour les passages empruntés à S. Thomas, voir surtout les deux premiers livres (authentiques) du De Regimine principiim^ la Somme The'o logique, 22, q. 66, a. 2, et le De Regiinijie Jîidœoni7n.

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De trois excellentes formes de la dévotion envers le Docteur Angélique.

Noi ci volgiam co' pHncipi celesti D' un girOy d'' un girare, e (P nna scte.

Unissons-nous aux princes du ciel, en gravitant dans la môme sphère, du môme mouvement, vers le môme centre de désir.

(Dante, Paradis^ ch. VIII.)

I l'Ange de l'Ecole n'était que le plus grand

P des philosophes et des théologiens catho-

i liques, le plus profond et le plus sublime, le

plus puissant et le plus clair, je ne pourrais le proposer

qu'à l'admiration et à l'étude de mes lecteurs. Mais il

est aussi l'un des plus grands saints dont l'Église

invoque le patronage ; et par conséquent je dois, en

finissant, le présenter aux religieux hommages et à

la pieuse dévotion des chrétiens pour lesquels j'écris

ces pages.

i Notre Angélique Docteur me semble d'abord avoir

droit à un culte d'esprit ou d'intelligence, parce qu'il

fut un saint très savant ; ensuite à un culte d'âme ou

de cœur, parce qu'il fut un saint très aimant ; enfin à

un culte de notre être sensible et corporel lui-même,

parce qu'il fut un saint très virginal.

296 SAINT THOMAS d'aQUIN.

Pour la vie d'étude, pour les recherches intellectuelles, pour le travail rationnel, quel qu'il soit, rien de plus utile que d'avoir un maître sage, puissant, bienveillant, que l'on entoure de respect et d'obéissance, que l'on approche avec une confiance et une facilité toutes filiales. Or, il n'en est point de supérieur, ni même d'égal, que je sache, à saint Thomas d'Aquin. L'Église depuis six siècles, et de nos jours le glorieux pape Léon XIII, nous servent ici de garants; non pas seulement de témoins naturellement considérables, mais de cautions surnaturellement appuyées par l'autorité divine, puisqu'ils parlent comme gardiens de la raison et de la foi, dans un sujet qui est essentiellement de leur compétence.

On ne serait sans doute pas hérétique en refusant d'admettre comme vrais les magnifiques éloges que le Saint Siège n'a cessé de décerner à notre cher saint ; ni en faisant difficulté de se soumettre aux recommandations et aux conseils de Léon XIII relativement à l'emploi de sa doctrine et de sa méthode. Mais l'on ferait un acte de témérité, impardonnable au tribunal du bon sens et de la droite conscience.

Et qu'on ne pense pas que cette dévotion intellectuelle soit uniquement le devoir du clergé. En réalité.

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