‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 15 sur 153 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Elle ne pouvait mieux entrer dans leurs vues mondaines. Se munissant d'une autorisation impériale, ils apostent des soldats sur tous les chemins, ils interceptent tous les passages. Thomas et quatre dominicains avec lui, parmi lesquels se trouvait peut-être le maître-général de l'ordre, Jean-le-teutonique, se reposaient au bord d'un ruisseau, non loin d'Acquapendente, lorsque les deux comtes d'Aquin tombèrent sur eux à l'improviste, se saisirent durement de leur frère selon la chair et le sang, et le séparèrent de ses frères selon la grâce. Ils ne réussirent cependant pas à lui ôter son vêtement religieux; c'était la vie même qu'ils auraient été obligés de lui ôter auparavant. Ils l'envoyèrent donc ainsi, portant la pauvre livrée de Notre Seigneur, à la comtesse leur mère.

La colère avait fait oublier à Théodora ses pieuses dispositions d'autrefois. Elle douta des prophéties du bon ermite, et tenta d'éprouver et d'ébranler par ses caresses la vocation du courageux novice. Puis bientôt, désespérant du succès, elle le constitua prisonnier, alternativement au Mont-Saint-Jean et à Rocca-Secca, à partir du mois de septembre 1243.

Les frères-prêcheurs ne tardèrent pas à porter plainte au pape Innocent IV; et celui-ci, profitant des

négociations de paix alors entamées entre le Saint Siège et l'Empire, pria Frédéric de punir l'excès d'audace commis par ses officiers contre un ordre religieux approuvé dans l'Eglise. Landolfe et Raynald furent donc arrêtés et décrétés d'accusation; mais les frèresprêcheurs, quoique invités à leur intenter une action juridique, redoutèrent le scandale d'un pareil procès ; et rassurés d'ailleurs par l'inébranlable constance du bien-aimé captif, ils se désistèrent. Cela arriva entre Pâques et la fête de saint Pierre, en l'année 1244.

Captif, le jeune dominicain ne l'était pas quant à l'esprit. La vraie liberté des enfants de Dieu augmentait même en lui, avec les dons de la grâce et avec les lumières de la science. Dans son étroite cellule, il devint tout-à-fait homme d'oraison et d'étude. Il avait pu se procurer un bréviaire, un exemplaire de la Bible, quelques livres de théologie et de philosophie. Il lut et apprit entièrement les Saintes Ecritures, de telle façon qu'en sortant de prison il en avait élucidé à peu près tous les difficiles et obscurs passages. Il apprit aussi de mémoire le texte, fort long comme on sait, du cours de théologie de Pierre Lombard, évêque de Paris, glorieusement surnommé le Maître des Sentences. Il étudia enfin le traité d'Aristote sur les Sophismes,

PIERRE LOMBARD, Évêque de Paris.

(D'après une gravure de la Vie des Hommes illustres de Thevet.)

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