‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 16 sur 153 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Préludant à renseignement sacré dont il devait bientôt porter si glorieusement le fardeau, il réfuta les objections pressantes, affectueuses, habiles, que ses deux sœurs, envoyées et conseillées par leur père, opposaient à sa conduite. Puis, ayant pris à son tour l'offensive, il les convertit elles-mêmes au mépris du monde, les captiva heureusement sous le joug suave de jÉsus-CîiRiST, et les instruisit dans les lettres humaines et sacrées. Nous avons déjà dit les suites de ce triomphe, et comment, par la vocation de Marozia à la vie bénédictine, Thomas paya magnifiquement sa dette de reconnaissance envers saint Benoît, le glorieux patriarche du Mont-Cassin.

La persuasion et les menaces, la douceur et les mauvais traitements, les caresses et les injures, tout servait à fortifier davantage son âme. Alors ses frères reparurent à la maison paternelle, doublement outrés de sa résistance, et de la détention qu'ils avaient subie à son sujet. Ils vinrent insulter à sa faiblesse et à ses chaînes. Ils déchirèrent avec fureur, sur ses épaules, le vêtement religieux qu'il avait gardé jusque-là ; mais il en recueillit les lambeaux et se drapa fièrement dans ces haillons de la pauvreté, dans ces misérables débris de laine blanche, ou plutôt dans cet angélique manteau

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de chasteté qui le faisait ressembler au lis des champs, dont Notre Seigneur a dit qu'il surpasse, dans sa simplicité, la splendeur même de Salomon.

Le comte Landolfe, son père, le visita en cette occasion, et lui offrit, pour remplacer sa robe dominicaine, de riches vêtements mondains, ou bien le costume monastique de saint Benoît, qu'il avait porté en sa première enfance. L'ambition terrestre se voilait ici encore sous les dehors de l'affection paternelle, et Thomas refusa. Landolfe déçu se retira, laissant aux deux officiers de Frédéric le soin de continuer à leur manière cette guerre si nouvelle, où le plus faible était sans cesse le plus fort.

Les deux fratricides, je puis bien les nommer ainsi, se décident à employer comme bonnes toutes les armes, même les plus meurtrières, même les plus honteuses. Ils essaieront, sans scrupule, d'une tentation infâme qu'ils ont dû découvrir dans le manuel pratique des persécutions de Néron et de Domitien. Puisqu'ils ne peuvent rien contre l'esprit de leur prisonnier, ils s'efforceront de corrompre son cœur.

Le nouveau martyr de la chasteté voit soudain le vice apparaître au seuil de son cachot. D'abord il recule d'effroi ; puis, par un mouvement d'inspiration divine.

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