‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 20 sur 153 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

troubles que certains docteurs* de Paris suscitaient contre les ordres mendiants et contre leur agrégation h l'université. Albert maintint pourtant sa proposition; le cardinal dominicain Hugues de Saint-Cher l'appuya fortement; et, au mois d'octobre 1253, Thomas d'Aquin, tout humilié d'être l'objet d'une semblable confiance, revint au couvent de Saint-Jacques de Paris, pour y enseigner publiquement, suivant Tusage, le texte du Maître des Seittences.

Il entra donc dans l'école de frère Elie Brunet de Périgueux, et professa d'abord sous sa direction, avec le grade de bachelier. Ce fut le temps où il rédigea d'une manière définitive ses doctes Commentaii'es sur Pierre Lombard, en profitant des travaux qu'il avait faits précédemment à Cologne. « Cet ouvrage, dit l'un de ses premiers biographes, est d'un style disert et d'une science profonde; il est très accessible au lecteur, et enrichi de nouvelles questions. »

En effet, deux qualités surtout recommandaient le jeune maître, et le firent beaucoup remarquer dans l'université de Paris. La première était la hardiesse avec laquelle il s'engageait en des chemins que nul avant lui n'avait frayés, soit qu'il traitât des sujets nouveaux, soit qu'il appliquât aux anciens une méthode

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nouvelle et de nouveaux arguments. La deuxième était l'habileté qu'il déployait dans l'usage des sciences naturelles et humaines, les accordant avec la doctrine révélée, et les faisant servir, par une rare puissance de jugement, à développer les connaissances surnaturelles que nous tenons de la révélation.

Sur quoi le biographe que je citais tout-à-l'heure, et qui vécut avec le Docteur Angélique lui-même, fait cette juste et toujours utile observation : « Que personne ne trouve absurde le projet d'employer ainsi les sciences mondaines à expliquer les sentences de la science sacrée ; car c'est la même intelligence infinie qui est la source d'où toutes les sciences reçoivent leur objet propre ; c'est d'elle qu'émanent les vérités de la théologie, reine légitime de toutes les sciences ; c'est d'elle aussi que procède le savoir qui s'acquiert par les forces de la raison humaine ('). »

Les leçons de frère Thomas d'Aquin eurent un vif succès. Son exposition claire et solide attira une foule d'étudiants qui se prenaient d'un ardent amour.

I. « Nec absurdum videatur aliquibus quod, in sapientiae divinas sententiis, ssecularibus quis utatur scientiis, quum ab eodem intellectu divino objecta omnium scientiarum prodeant, a quo divinas sapientias veritates émanant, cui omnes scientiae juris (jure) deserviunt a qua et humanitus accjuisita procedynt. » {G. de Thoco, ap. BolL^ t. cit., p. 663.)

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