CHAPITRE QUATRIÈME
Mais, si les partisans de Siger et de Saint- Amour n'avaient pas réussi à détourner le chancelier Aymeric de donner à frère Thomas la bénédiction ou licence doctorale, ils parvinrent du moins à empêcher, à main armée, la séance publique où le nouveau maître devait prononcer sa harangue de maître en théologie, et, suivant le langage d'alors, faire son commencement ou son début ; de sorte que son grade,manquant de cette sanction nécessaire, ne lui conférait ni droits ni privilèges. On dirait vraiment que l'esprit du mensonge et du mal, pressentant les coups décisifs que lui porterait bientôt l'Ange de l'École, ourdissait lui-même toutes ces conjurations, et voulait à tout prix l'éloigner de l'enseignement académique.
Depuis un an, le bienheureux Albert était en cour de Rome pour y soutenir la cause des frères-prêcheurs. I Le pape Alexandre IV, instruit par lui de tant d'intrigues, venait de donner l'ordre formel de promouvoir Thomas d'Aquin à la licence ou doctorat, quand il apprit que le chancelier avait fait pour cela tout son possible. Il l'en félicita par un bref daté du palais de Latran, le 3 mars 1256.
« Il nous est agréable, disait le souverain pontife, d'apprendre votre promptitude et votre vigilance pour
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tcHit ce qui est pieux et honnête. Vous en avez donné une preuve évidente en conférant, même avant d'avoir reçu nos lettres spéciales à ce sujet, la licence d'enseigner dans la faculté de théologie à notre bien-aimé fils, frère Thomas d'Aquin, de l'ordre des frèresprêcheurs, homme assurément remarquable par la noblesse de sa race, par l'honnêteté de ses mœurs, et par le trésor de science sacrée qu'il s'est acquis avec la grâce de Dieu. Et comme il est très convenable que cette affaire, si louablement commencée par vos soins, arrive rapidement à bon terme, nous avons cru devoir vous prier instamment, vous avertir et vous commander, par nos lettres apostoliques,de procurer au même frère Thomas l'occasion de faire au plus tôt sa leçon d'inauguration (').» Mais une bulle du même souverain pontife nous apprend, le 17 juin suivant, que les universitairesne craignirent pas de prolonger obstinément leur résistance.
Le jeune licencié fut alors appelé en Italie par son maître-général, Humbert de Romans. La cour ponti-
I. Dilecto filio fratri Thomse de Aquino, ordinis prœdicatorum, viro utique nobilitate generis et moram honestate conspicuo, ac thesaurum litteralis scienti^ assecuto, dedisti licentiam in theologica facultate docendi;... eumdemfratrem in praedicta facultate cito facias regiminis habere principium. » (Echard, /. cit.^ p. 279.)