CHAPITRE QUATRIÈME
ficale se tenait à Anagni, vivement préoccupée de la lutte engagée entre les ordres mendiants et la secte de Guillaume de Saint-Amour. Le libelle composé par celui-ci, sous le titre significatif de Périls des derniers temps, et déféré au Siège Apostolique par le roi saint Louis, fut remis d'office aux supérieurs dominicains et franciscains, afin qu'ils en prissent connaissance et qu'ils présentassent promptement leur justification. Parmi tant de docteurs de son ordre, en présence d'Albert-le-grand lui-même, Thomas d'Aquin fut chargé de cette défense.
Le sentiment profond d'humilité que lui inspiraient sa jeunesse et la grandeur de la cause à soutenir, se traduisit encore par des larmes et des sanglots. Mais nul de ses frères ne voulant convenir du peu de science et de l'incapacité qu'il prétextait, il se recommanda à leurs prières, prit le pamphlet, le lut attentivement, en étudia les secrètes inspirations, et ne tarda pas à y découvrir une honteuse jalousie, de graves erreurs contre les bases de la foi, une érudition frivole et sans conscience, enfin de fréquentes altérations des textes allégués ou de leur signification. Il pria donc Humbert de Romans de convoquer de nouveau le chapitre ; et prenant la parole : « Mes frères, dit-il, ayez confiance
Saint Thomas d'Aquin.
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en Notre Seigneur qui vous a appelés à son service ; car j'ai lu ce libelle rempli de perfidie, et je l'ai trouvé mal fondé dans la vérité de la foi, mal construit, mal appuyé sur l'autorité des saints. Implorons l'Esprit divin qui met à nu les faussetés, et qui révèle les choses cachées ; et à ce détestable écrit j'opposerai une réponse conforme à la vérité. » Il la commença par ces mots de l'Ecriture: « Voici que vos ennemis ont poussé leurs clameurs ; ceux qui vous haïssent ont levé la tête ; ils ont accumulé de mauvais desseins contre votre peuple ; ils ont nourri de méchantes pensées contre vos saints. » Son œuvre fut terminée en quelques jours ; il l'offrit au souverain pontife, qui l'accepta avec bienveillance et la déclara parfaitement catholique.
Enfin, le 5 octobre 1256, une sentence définitive fut portée contre Saint-Amour, Siger et leurs tenants. Le 18 du même mois, Odon de Douai et Chrestien de Beauvais, envoyés de l'université, s'engagèrent, par acte notarié, à recevoir tout prochainement frère Thomas d'x^quin aux honneurs du doctorat. Mais cette promesse fut encore éludée; et, du 15 novembre 1256 au 2 octobre 1257, le pape Alexandre n'expédia pas moins de onze bulles pour en exiger la réali-