‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 25 sur 153 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

sation. Ces délais permirent au glorieux avocat des ordres religieux de revoir sa plaidoirie, de la compléter, de la faire copier et de la répandre dans le public.

Une complication inattendue, résultat des manœuvres habiles de Guillaume de Saint-Amour,était venue aggraver l'affaire des ordres mendiants et créer de nouveaux devoirs à leur jeune défenseur. En effet, une erreur qu'on avait pu croire éteinte depuis longtemps, se ranimait en Italie et en France, plus pernicieuse qu'à sa première apparition, cachant le venin de son ancienne impiété sous les pieux dehors d'un certain esprit de liberté, très convenable, disait-on, à la perfection du christianisme. Ses fauteurs et adhérents s'appelaient petits frères ou fraticelles de la pauvre vie ; et cet humble titre était plein de charme et de séduction pour les âmes simples. On enseignait, dans cette étrange secte, l'existence de deux Églises sous un chef unique et invisible. Notre Seigneur Jésus-Christ. On y donnait le nom méprisant à^ Église des charnels à celle que gouvernent le pontife romain, son chef suprême, et les évêques établis par son autorité en chaque province.Celle-là,les fraticelles la réprouvaient, se vantant d'appartenir à /'^^/w^ des spirituels qui sont

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conduits par l'esprit de liberté ('). Ils se disaient les hommes des temps nouveaux, les précurseurs d'une réforme radicale, les apôtres d'un troisième testament où Jésus-Christ n'aurait plus de part, mais le seul Saint-Esprit. Au demeurant, ils étaient les esclaves d'un esprit d'erreur et de division qui se jouait de leur pauvre imagination, les poussait à tous les crimes, à toutes les hérésies, à toutes les horreurs, et les divisait en autant de sectes qu'ils étaient de sectaires (^).

Or,Guillaume de Saint-Amour déféra leurs erreurs, particulièrement leur livre de X Évangile éternel, au jugement du Saint Siège, — prétendant qu'ils étaient alliés et amis des dominicains et des franciscains, et les confondant tous ensemble dans un même réquisitoire. Il importait donc de séparer nettement deux causes si opposées ; et Thomas d'Aquin s'empressa de combattre les fraticelles avec non moins d'énergie

1. « Duas fingunt Ecclesias : unam carnalium super quam summus romanus pontifex prcesidet, sub quo, per diversas provincias, ipsam pr«lati ejus auctoritate gubernant;... aliam mentiuntur esse Ecclesiam spiritualium de qua esse se asserunt inventoreserroris pariter et sequaces.» (G. de Tocco, ap. Boll., /. cit.^ p. 666.)

2. « Divisionis spiritus et erroris, quot potuit ipsorum phantasias subvertere, tôt dcdit sectas pravitatis haereticae invenire. » On voit, par ce texte remarquable de G. de Tocco (5^//., ibid., p. 667), que dès longtemps les écrivains catholiques ont compris que toute hérésie mène à V individualisme le plus absurde.

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