CHAPITRE QUATRIÈME. 4g
qu'il en déployait contre la secte universitaire de Paris. Il les prit à partie dans ses leçons, dans ses prédications, dans plusieurs de ses écrits, établissant partout que notre évangile est définitif; que le testament de Jésus-Christ est le dernier dont les hommes puissent tirer profit pour arriver à l'héritage céleste ; que l'état présent de l'Église est une préparation immédiate et complète à la gloire du ciel.
Et comme les livres de Joachim, abbé de Flore, de l'ordre de Cîteaux, servaient ordinairement, sinon de base, au moins de prétexte, aux rêveries de ces nouveaux gnostiques, il en fit rechercher un exemplaire ; et l'ayant trouvé dans une bibliothèque de monastère, il le lut soigneusement et nota au crayon tout ce qu'il y remarqua de suspect ou d'erroné, défendant ainsi de le lire et de le tenir pour vrai, en attendant que le pape Jean XXII en prononçât la condamnation irrévocable. Ainsi fut déjouée la ruse de Saint- Amour ; et au mois d'octobre 1257 les commandements réitérés du Saint Siège purent enfin être mis à exécution : frère Thomas prononça son discours de réception comme docteur, dans la salle accoutumée de l'évêché de Paris.
Dans les luttes mémorables que je viens de résumer,
il avait eu pour compagnon d'armes un jeune franciscain, exclu avec lui de l'université de Paris, savant et saint comme lui, Docteur vraiment Séraphique, frère Bonaventure enfin, dont la vie, la mort, la gloire, ont été inséparables de celles du Docteur Angélique.
Nés tous deux en Italie, presque la même année, étudiants,bacheliers et licenciés ensemble à Paris, unis par les liens d'une tendre amitié, ils furent l'objet de la même protection et de la même faveur en cour de Rome. Reconnus docteurs le même jour, ils furent entourés par leurs contemporains d'une égale admiration.
On aimait à les louer l'un par l'autre. On racontait que frère Bonaventure avait déchiré son projet d'office du Sai'nt-Sacrement en entendant lire celui de frère Thomas (') ; et que frère Thomas visitant un jour frère Bonaventure, et le trouvant complètement absorbé par la composition de l'histoire de saint François, s'était retiré sans vouloir le distraire, en disant : « Laissons un saint écrire la vie d'un saint. »
I. Echard (/. cit.^ p. 340) regarde comme une fable le récit d'après lequel S. Bonaventure aurait été chargé, avec S. Thomas, de rédiger un office du Saint Sacrement. Il se peut, en effet, que la tradition ait appliqué à cet office liturgique ce qui est vrai de la Chaîne cTor^ comme nous le verrons plus loin.
s. BONAVENTURE. S. THOMAS.
(Fresque de P>a Angelico, dans la chapelle de Nicolas V, au Vatican.)