‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 29 sur 153 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

ment pour nous faire subitement embrasser une doctrine contraire à celle que nous soutenions tout-àl'heure. Ceux donc qui critiquent si sévèrement ses livres ne comprennent pas ce qu'ils condamnent. La jalousie seule les excite. Ce sont des mouches qui se précipitent follement sur la lumière. Ils accusent ce qu'ils ne connaissent pas. La splendeur du vrai qu'ils ignorent, ou qu'ils confondent avec l'erreur, augmente encore leurs ténèbres. L'Église pourrait leur appliquer cette parole plaintive du Psalmiste : Tandis, ô mon Dieu, que du haut des montagnes éternelles vous répandez à flots votre lumière, toutes les âmes insensées en ont éprouvé un grand trouble ('). »

La multitude de ses auditeurs croissait de plus en plus, au point que les salles du couvent de Saint- Jacques, très vastes cependant, se trouvaient trop petites. On y venait chercher un progrès assuré dans les sciences. On voulait profiter de cet enseignement sobre et lucide, facile et entraînant, ouvert aux moindres intelligences comme aux plus élevées, dégagé des obscurités et des lenteurs qui étaient un peu de tradition dans l'académie de Paris. Aussi de nombreux doc-

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leurs, religieux ou séculiers, sortirent bientôt de son auditoire, et formèrent les premières assises de cette grande Ecole thomistique de philosophie et de théologie, qui s'est presque identifiée à l'Église catholique elle-même.

Mais Thomas d'Aquin ne se contentait pas de ses leçons orales. Il compulsait les ouvrages des saints Pères qu'il pouvait découvrir dans les bibliothèques monastiques de Paris. Il en retenait de mémoire ou en recueillait par écrit d'innombrables extraits, qu'il citait ensuite fort à propos dans ses discours et dans ses dictées.

Son amour de la tradition catholique avait un caractère particulièrement touchant. Un jour, en compagnie de ses élèves, il était allé à Saint-Denis-en- France pour y vénérer le souvenir du grand converti de l'Aréopage, disciple de saint Paul, les reliques des martyrs, l'abbaye de Suger et le cimetière des rois. Et comme il revenait à Paris, et qu'il en était assez rapproché pour en reconnaître la magnificence et l'immensité, il se reposa quelques instants, et les étudiants lui dirent : « Maître, voyez combien cette ville est belle! » Il répondit : « Assurément elle est belle. » Ils dirent encore : « Plût à Dieu qu'elle fût à vous ! Mais l'accep-

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