‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 30 sur 153 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

teriez-vous seulement ? » et ils attendaient de lui quelque parole de bonne édification. Il répondit en effet : « Et qu'en ferais-je ? » Ils lui dirent : « Vous la vendriez au roi de France, et avec l'argent qui vous en reviendrait, vous bâtiriez tous les couvents des frèresprêcheurs. » Il répondit : « Ah! que j'aimerais mieux avoir les Homélies de Chrysostome sur l'Evangile de saint Matthieu ! Car cette ville, si elle était à moi, me demanderait beaucoup de soins pour être bien gouvernée ; elle m'arracherait donc à la contemplation des choses divines, et me priverait de la meilleure consolation de mon âme. A mesure que l'amour des biens temporels s'augmente en nous, il nous sépare plus complètement et plus dangereusement des biens célestes ('). »

Aux travaux du professorat il joignait ceux de la prédication chrétienne. Pendant le carême de 1259, il donna une série d'instructions, spécialement pour les écoliers, dans l'église du couvent de Saint-Jacques. L'audace des derniers tenants de Siger et de Saint- Amour était encore extrême; et ils ne craignirent pas,

I. Dans une lettre-préface pour une traduction française -de ces Hotnélies de saint Jean Chrysostome sur l'Évangile de saint Matthieu, (Paris, 1874), S. Ém. le cardinal Mermillod, de si chère et illustre mémoire, nous a fait l'honneur d'encadrer cette page de notre récit.

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le soir du dimanche des Rameaux, de faire interrompre le sermon du Docteur Angélique par un appariteur de l'université, qui vint signifier je ne sais quel ordre aux étudiants et à leur maître. C'est le souverain pontife Alexandre IV qui nous apprend cet attentat, en le flétrissant par sa bulle du 26 juin suivant.

Voici comment un des premiers biographes de l'Ange de l'Ecole, Guillaume de Tocco, apprécie sa manière d'annoncer la parole de Dieu. « Il voulait avant tout plaire au Seigneur et être utile au peuple. Il composait donc ses sermons, non avec le langage piquant de la sagesse humaine, mais avec des pensées surnaturelles et pleines de force. Il évitait d'y faire entrer ce qui flatte la curiosité sans servir beaucoup à l'utilité des auditeurs. Il parlait, sans en avoir de honte,le langage vulgaire de son pays natal, n'ayant pu s'en défaire à cause de ses études et méditations habituelles ('). Il choisissait et développait des sujets convenables à la foule, laissant aux disputes d'école toutes les questions subtiles ; et le peuple l'écoutait avec autant de respect que si sa prédication fût venue immédiatement de Dieu. D'ailleurs, ce qu'il disait de bouche, il l'accom-

I. « In illo suo vulgari natalis soli, quod propter continuum mentis raptum mutare non potuit, proponebat et proseqtiebatur utilia populo. > {Boll.^ t. cit., p. 674.)

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