CHAPITRE CINQUIÈME. 6l
occasion une intervention miraculeuse du Seigneur; et longtemps il conserva cette dent, comme souvenir du bienfait dont il avait été l'objet.
Aux fêtes de la Pentecôte de l'an 1259, il se rendit à Valenciennes, pour le chapitre des provinciaux de son ordre. Il y fut mandé, soit comme assistant du provincial de Rome,car il appartenait toujours à la circonscription dont le couvent de Sainte-Sabine était le centre ; soit plutôt comme consulteur extraordinaire pour la réglementation des études.Et,de fait,il y fut chargé, avec frère Albert-le-grand, frère Bonhomme-le-breton, frère Florent de France et frère Pierre de Tarentaise, tous maîtres en théologie de l'université de Paris, de réviser et d'organiser définitivement les programmes de philosophie et de théologie qui furent suivis par les frères-prêcheurs durant tout le moyen âge. A lui principalement revient le mérite d'un programme d'enseignement supérieur dont la solidité, la justesse, l'ampleur, ont rendu tant de services à l'Église catholique, et procuré tant de grands hommes, tant de puissants esprits, à l'ordre dominicain.
C'est alors probablement, et en tout cas vers 1256, que, suivant une antique et constante tradition conservée de nos jours encore à Louvain, le saint Docteur
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aurait visité cette ville, en compagnie de son maître Albert-le-grand ; et que dans l'église des dominicains, tout récemment bâtie, il aurait servi à l'autel en qualité de diacre, et chanté l'évangile sur un pupitre fort modeste qui fut pourtant conservé pendant longtemps, en mémoire de lui. C'est probablement aussi dans ce voyage qu'il fut distingué par le duc et la duchesse de Brabant ; et qu'il leur inspira une si grande estime et une si grande confiance, que plus tard la duchesse lui adressa une célèbre consultation sur les mesures à prendre envers les juifs.
Il revint promptement à Paris, oii il achevait son triennat d'enseignement. Son attention se portait alors tout spécialement sur les progrès que les dangereuses doctrines de l'arabe Averroës faisaient jusque dans le peuple chrétien.
Les croisades, en établissant un contact plus fréquent entre l'Europe et les peuples orientaux ; les écrits d'Aristote, en nous arrivant enveloppés dans les faux commentaires des philosophes juifs ou mahométanSjfavorisaient singulièrement cette infiltration pernicieuse d'un système foncièrement fataliste et panthéiste. Ainsi,la théorie d'après laquelle tous les hommes n'ont qu'une seule et même intelli-