CHAPITRE CINQUIÈME
gence, tout entière en chacun, toujours unique et toujours la même à travers les générations et les siècles, était devenue chère aux écoliers bouffons et débauchés qui pullulaient à Paris ('). Les simples se laissaient séduire par leurs sophismes souvent immondes ; et il s'était trouvé récemment, non loin du couvent de Saint-Jacques, un pauvre homme d'armes qui refusait de se purifier de ses péchés par la pénitence, en disant : « Si 1 ame de saint Pierre est sauvée, je le serai, moi aussi ; car, puisque nous avons une seule et même intelligence, nous aurons conséquemment une même fin et un même sort. »
A ces erreurs grossières, saint Thomas d'Aquin opposa des leçons et des traités énergiques, surtout son opuscule de /' Unité de lintellect cont7^e les averroïstes. Il ne se borne pas à rappeler dans cet écrit les décisions de la foi; il montre de plus qu'Averroës avait très mal entendu, sinon falsifié, les livres d'Aristote ; et
I. « Quem errorem cum essent scholares Golardiœ imitantes qui Averrois erant communiter sectantes, » dit G. de Tocco. {Boll.y t. cit., p. 666.) Echard propose délire Garlandiœ^ nom du quartier où se trouvait la fameuse rue du Fouarre, la rue des écoles d'alors; et il cite à l'appui ces deux dictons : « Hoc tritum est in Garlandia; Fuimus simul in Garlandia. » {Op. cii.^ p. 334.) Je préfère lire Galardiœ^ mot qui s'appliquait 2MY. jongleurs Qt farceurs du moyen âge.On trouvera dans Du Cange des textes qui semblent décisifs en faveur de cette leçon.
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qu'au lieu d'exposer sa philosophie, il l'avait travestie indignement.
Ainsi, le jeune professeur dominicain ne méritait pas seulement, par l'éclatante et surhumaine lumière qu'il répandait dans la sainte Eglise, le titre glorieux d'Ange de l École, qu'on n'allait pas tarder à lui décerner : il le méritait encore par ses luttes contre le mensonge, par les coups redoutables qu'il portait à l'hérésie. Il n'était pas uniquement l'Ange paisible de la contemplation, mais aussi l'Ange ardent des batailles divines. Ce n'était pas exclusivement par sa pureté virginale, nous le dirons plus tard, qu'il devenait Angélique ; c'était davantage peut-être par son zèle à faire retentir, jusqu'aux extrémités du monde, le cri de guerre du premier des anges : « Qui est comme Dieu ? »
Il lui eût été infiniment doux de s'enfermer dans le silence de sa pauvre cellule, et de n'en sortir que pour paraître en sa chaire de prédicateur ou de professeur. Mais l'autorité du souverain pontife allait le mettre complètement en vue, et faire de lui le plus grand et le plus hardi des princes de cette milice sacrée, qui veille sans lassitude et guerroie sans trêve contre les ennemis de l'Église, les frappant du glaive de la parole divine qui confond l'orgueil et en même temps ressuscite les âmes.
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Cl)apîtrc smtmt.
Des admirables travaux du Docteur Angélique à Rome et dans le reste de l'Italie.
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£J io sentV deiUro a qiieîîa luiniei «, Che pria ni'avt'a farlaio, sorridendo^ Inco?niticia}-, facendosi pin f/iera.
Et j'entendis celui qui déjà m'avait parlé du sein de la lumière, reprendre son discours avec un sourire qui le rendait plus lumineux encore.
(Dante, Paradis ^ ch. xi.)
E pape Alexandre IV, qui naguère avait pressé Thomas d'Aquin d'accepter l'abbaye du Mont-Cassin avec ses grands honneurs et ses riches revenus, mourut en 1261, sans avoir réussi dans ses tentatives de l'élever aux dignités ecclésiastiques.
Mais Urbain IV, successeur d'Alexandre, voulut absolument, dès les premiers jours de son pontificat, qui date du 29 août 1 26 1 , attacher à sa cour un homme de tant de savoir et de tant de vertu. Frère Thomas revint donc en Italie, à l'âge de 36 ans, et reçut du pape la charge de maître dusacré-palaisTl y succédait à un religieux de son ordre, et il la remplit jusqu'en 1269, pour la céder à l'un de ses confrères qui l'exercent encore de nos jours. Il dirigeait,en cette qualité, \ école romaine ou apostolique annexée à la famille
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pontificale ; et il expliquait l'Ecriture Sainte à l'entourage du pape, ayant souvent pour auditeurs les cardinaux et le souverain pontife lui-même.
Sa puissance intellectuelle était si grande, qu'il enseignait également pour les religieux de son ordre, s'il s'en trouvait dans les villes où le conduisaient ses fonctions de maître du sacré-palais, à la suite de la cour papale souvent en pérégrinations à cette époque.
A Rome, il composa un nouveau commentaire sur les Sentences de Pierre Lombard ; malheureusement son livre s'est perdu peu de temps après sa mort, et nous n'avons guère espoir qu'on le retrouve jamais. Il expliqua aussi, de vive voix ou par écrit, presque toutes les œuvres d'Aristote : sa physique, sa morale, sa politique, sa métaphysique, et le livre des Causes tiré des ouvrages du philosophe Proclus. Il se servit, pour ces travaux complétés par ses disciples sous son inspiration, des notes qu'il avait autrefois lui-même recueillies à Cologne, lorsqu'il suivait les leçons du bienheureux Albert-le-grand.
De plus, pour arriver aune exacte connaissance de la doctrine aristotélicienne, il fit exécuter par un de ses confrères, Guillaume de Moerbecke, originaire du diocèse actuel de Cambrai, archevêque de Corinthe, une