‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 34 sur 153 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

traduction nouvelle des manuscrits grecs où elle était contenue. Il n'en négligeait aucun ; et toujours infatigable, il enrichissait tous ces ouvrages de notes précieuses.

On le vit alors aussi soutenir publiquement, en cinq ou six rencontres, des thèses sublimes qu'il rédigea ensuite, sur la puissance de Dieu, sur l'âme et les créatures spirituelles, enfin sur d'autres questions mêlées OM quodlibétiques. Il y joignit une exposition du livre de Job, qu'il fut le premier à expliquer suivant le sens rigoureux de la lettre. La difficulté d'une telle entreprise avait découragé tous ses prédécesseurs, obligés de se contenter d'une explication plutôt morale que dogmatique. Il eut la gloire d'y réussir parfaitement, et de rendre, sous une forme très claire et pour ainsi dire dialectique, les discours et argumentations du saint patriarche d'Idumée et de ses amis.

Ce fut pareillement sous le pontificat du pape Urbain IV, que le Docteur Angélique écrivit, ou du moins acheva, les quatre livres de la Somme contre les Gentils, incomparable préface de la Somme de Théologie. Une raison simple, forte, persuasive, y parle aux incrédules, aux païens, aux mahométans. Elle leur démontre qu'ils n'ont pas un seul motif sérieux de se refuser à pénétrer

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avec humilité dans le tcmpKî de la foi ; qu'ils sont assurés au contraire d'y trouver d'ineffables splendeurs, dont le simple reflet a donné tant de lumière et de gloire à la philosophie chrétienne.

L'histoire nous dit, et son témoii^nnge est facile à recevoir, qu'en écrivant cette Somme ou rchttmé contre les infidèles, Thomas d'Aquin était souvent comme en extase, insensible aux choses extérieures, entièrement plongé dans la contemplation des choses divines. L'histoire ajoute un trait plus touchant encore : c'est que ce fameux ouvrage fut le fruit de la pauvreté évangélique non moins que de la science. Frère Antoine de Brescia, témoin dans le procès de canonisation du saint Docteur, dépose ainsi : « Frère Nicolas de Marsillac, conseiller et chapelain du roi de Chypre,homme savant et de grande vertu, qui fut à Paris le disciple de frère Thomas, me dit un jour en pleurant : Frère Antoine, j'ai vécu avec frère Thomas à Paris, et je vous dis devant Dieu que jamais je n'ai vu un homme si pur et si ami de la pauvreté ; car, lorsqu'il écrivait et composait son livre contre les Gentils, il n'avait point de feuilles de papier, mais seulement de tout petits billets ; et cependant il aurait pu certainement se procurer des cahiers, mais il n'avait aucun souci des choses tempo-

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