‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 36 sur 153 · CHAPITRE SIXIÈME. 7I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. 7I

pape Léon XI II a décidé de favoriser ces saintes tentatives de réunion. A ce point de vue aussi le patronage du Docteur Angélique nous paraît très providentiellement efficace, et nous allons dire pourquoi.

Urbain IV avait résolu d'étendre à l'univers entier la belle fête du Saint Sacrement, qui se célébrait depuis quelques années dans le diocèse de Liège. Pour cet admirable mystère, il voulait un office liturgique toutà-fait excellent. Et comme déjà l'architecture, la peinture et la sculpture, s'inspirant delà divine Eucharistie, lui avaient rendu de merveilleux hommages dont nos cathédrales du moyen âge sont le résumé sublime, ainsi le pape entendait que les deux arts les plus élevés, la musique et la poésie, produisissent eux-mêmes un vrai chef-d'œuvre à la gloire du corps et du sang de Notre Seigneur, digne d'être chanté sous les voûtes magnifiques de nos temples, ou même sous la voûte azurée des cieux, en pleine lumière d'un soleil de printemps, en face des montagnes ou des mers immenses que l'adorable Hostie bénit au jour de la Fête-Dieu, la plus radieuse et la plus triomphale de toutes nos fêtes catholiques.

Dans ce but, le pape s'adressa à frère Thomas

d'Aquin ; et celui-ci, alliant au plus haut degré le génie artistique et le génie théologique, composa ce poème de l'Office du Très Saint Sacrement où les figures â(t l'ancienne loi, les réalités de la nouvelle, les promesses et les arrhes de la vie future, sont enchâssées dans un langage très simple et en même temps très solennel, plein de tendresse, de force, de lumière. L'élégance de ce style, la sonorité de ce rythme, l'expression et le sentiment ascétique de cette mélodie, ne peuvent être dépassés. « Rien de plus pieux ne se dit et ne se chante dans l'Eglise de Dieu, » comme parle un contemporain, frère Jean de Colonna, dominicain, archevêque de Messine (^).

Sachant tout ce qu'il pouvait attendre de son maître du sacré-palais, le pape Urbain IV ordonna également à saint Thomas de composer un Commentaire sur les Évangélistes. C'est l'ouvrage resté fameux sous le titre de Chaîne d'or, vrai joyau de science biblique, de piété suave et d'art littéraire. L'érudition la plus riche, la plus consommée, en a formé les innombrables chaînons avec les plus beaux textes qui se rencontraient dans

I. « Officium de corpore Christi, quo devolius in Ecclesia Dei non dicitur nec cantatur. » {De virisillustribus eiJmicis et christianis, ouvrage composé avant 1290 et cité par Echard, op. cit.., t. II, p. 340-)

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