CHAPITRE SIXIEME
les manuscrits qu'on pouvait alors avoir des saints Pères et des écrivains ecclésiastiques.
Le Docteur Angélique n'avait été primitivement chargé que d'exposer les deux premiers Evangiles; son ami saint Bonaventure devait commenter les deux autres. Mais ce Séraphique Docteur, étant alors déjà ministre-général de l'ordre de Saint-François, ne put trouver assez de loisirs pour une œuvre qui en exigeait beaucoup, et Thomas d'Aquin dut accepter le travail tout entier. Il le commença en la ville d'Orviéto, et dédia l'explication de saint Matthieu à Urbain IV ; mais, comme ce grand pape mourut peu de temps après, le reste de l'ouvrage fut dédié au cardinal dominicain Hannibald Hannibaldi, naguère disciple de saint Thomas à Paris, maintenant son dévoué protecteur et toujours son ami intime.
Vers cette époque, le maître quittait parfois le couvent de Sainte-Sabine, et allait se reposer au pied des montagnes de Tusculum, dans le château-fort de la Molara qui appartenait à l'oncle de son élève et ami, au cardinal Richard Hannibaldi. Il y passa notamment une fois les fêtes de Noël, qui sont encore à présent des jours de vacances pour les écoles d'Italie. Deux israélites de Rome, gens de grande fortune et de
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science, s'y rendirent aussi, suivant leur coutume, pour visiter le cardinal ('). Celui-ci désira les mettre en relations avec notre Docteur, afm qu'ils traitassent ensemble des points controversés entre l'Église et la Synagogue. Ils lui parlèrent donc fort longuement de la loi mosaïque et de la venue du Messie. Frère Thomas leur fournit les preuves de l'abrogation de l'Ancien Testament, et leur montra, par les prophéties, que leur attente du Rédempteur était désormais sans motif. Puis il leur donna rendez-vous pour le lendemain, jour de Noël, les invitant à lui soumettre leurs objections et leurs prétendues raisons de persévérer dans le judaïsme. En attendant cette seconde réunion, il pria très ardemment pour leurs âmes, demandant au Fils de Dieu de lui accorder leur conversion en cet anniversaire de sa bienheureuse naissance. Et au matin de Noël, voici que les deux rabbins se présentent tout changés. Ils se déclarent incapables de répondre à ce qu'ils ont entendu de si clair et de si certain ; ils ne veulent pas résister à l'Esprit de sagesse qui a parlé par la bouche de leur aimable adversaire ; et sur-le-champ ils abjurent le judaïsme entre
I. Ce trait historique montre une fois de plus de quelle protection le Saint Siège a entouré le peuple juif au moyen âge.