CHAPITRE SIXIÈME
ses mains. Ce fut une grande exultation au château de la Molara ce jour-là, et le cardinal y fit célébrer très joyeusement une double fête, celle du Sauveur Jésus et celle des âmes sauvées.
Une autre fois, mais plus tard et lors d'un dernier séjour en Italie, saint Thomas d'Aquin et son compagnon, frère Raynald de Piperno, tombèrent l'un et l'autre malades dans ce même château de la Molara, résidence des cardinaux Richard et Hannibald Hannibaldi. Le Docteur Angélique fut assez promptement guéri de sa fièvre intermittente ; mais Raynald ne se débarrassait pas d'une fièvre continue et dangereuse. Notre saint le visitait, le réconfortait par ses paroles toutes célestes, et lui inspirait une grande patience. Il lui conseillait aussi d'avoir une dévotion spéciale pour sainte Agnès, et d'attendre d'elle, avec une entière confiance, le bienfait d'un rapide rétablissement.
Puis, implorant les mérites de cette glorieuse martyre et la priant d'intercéder auprès de Dieu, il prit une de ses reliques qu'il portait habituellement suspendue à son cou, et la plaça sur la poitrine de l'infirme. A peine sa prière était-elle achevée que Raynald, guéri et plein de joie, put se soulever et s'asseoir sur son lit. « Quelques-uns, dit Guillaume de Tocco, attri-
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huèrent ce miracle à la prière du Docteur, d'autres à la puissance de la vierge. Mais il est mieux de dire qu'il a été opéré par leurs mérites à tous deux. Leur commune prière monta vers Dieu, et la vierge sainte, touchée par l'invocation du Docteur, ohtint la grâce de la santé pour le malade (^). »
Les hautes murailles delà Molara ne sont pas complètement détruites. Il en reste de magnifiques débris, qu'on voit de loin se détacher fièrement sur un ciel d'azur et d'or. Le lierre, le rosier sauvage et la ronce, habitent seuls parmi ces ruines et ces pans de mur gigantesques. Parfois quelques étudiants y viennent de Rome, cherchant les traces du Docteur Angélique dans
I. Un des élèves et des plus anciens biographes de saint Thomas, Irère Tolomeo de Lucques, évêque de Torcello près de Venise, raconte qu'il accompagnait le Docteur Angélique et frère Raynald dans ce voyage de Rome à la Molara, et il en fixe la date à la fin de 1272. « Praefatus doctor, dit-il, infirmatus est de tertiaria, socius vero suus fr. Raynaldus de continua gravi, et cum non apparerent in eo signa critica, medici D. Richardi (cardinalis) maie judicabant de ipso. » Il nous apprend ensuite que S. Thomas avait obtenu les reliques de sainte Agnès à Rome, « quas ex devotione secum ferebat de urbe ; }} et qu'en reconnaissance de la guérison de Raynald, il avait décidé de fêter tous les ans, d'une manière solennelle, la mémoire de la glorieuse martyre, et cela « cum bona refectione fratrum >, ajoute naïvement Tolomeo. Mais il ne le fit qu'une fois, le 21 janvier 1273, en la ville de Naples ; car, au 20 janvier suivant, il était déjà en route pour se rendre au concile de Lyon. (Cf. Echard, /. cit., p. 282 ; et Tholomœi Annal. ^ lib. XXIII, c. 10, in annum 1274.)