CHAPITRE SIXIÈME
cations à la croix du Sauveur. L'ensemble forme deux distiques latins dont voici le sens : <iLa croix est mon salut assuré. — Cest la croix que f adore toujours. — La croix du Seigneur est avec moi. — La croix est mon refuge. » {')
Bologne a conservé un souvenir intéressant de l'admirable humilité de notre Docteur. Un jour il y était de passage ; et selon sa coutume il se promenait doucement dans le cloître du couvent, avec cet air méditatif et ce recueillement qui lui étaient naturels. Un religieux d'une autre maison, ne le connaissant point, et désirant avoir un compagnon pour aller traiter en ville quelques affaires, vint droit à lui et lui dit : « Mon bon frère, le prieur a ordonné que vous veniez avec moi ; » car, en effet, le prieur avait permis à ce frère de se faire accompagner par le premier religieux qu'il rencontrerait. Notre saint, inclinant aussitôt la tête, le suivit au dehors. Mais, ne pouvant marcher assez vite, il recevait de fréquents reproches de son compa-
I. Cette Croix Angélique, comme souvent on l'appelle, est placée au-dessus de l'autel de saint Thomas, dans l'église du couvent de Saint- Jacques à Anagni. Les gravures et médailles qui la représentent sont très répandues dans la région. Voici les deux distiques tracés sur cette croix :
Crux mihi certa salus. Crux est quam semper adoro. Cnix Doraini mecum. Crux mihi refugium.
8o SAINT THOMAS d'aQUIN.
Qfnon et s'excusait humblement. Des habitants de la ville le reconnurent ; ils s'étonnèrent qu'un si grand savant fût comme le serviteur d'un religieux très ordinaire ; et soupçonnant quelque méprise, ils apprirent à l'étranger quel était celui qu'il traitait de la sorte. Le pauvre frère se retourna du côté de saint Thomas, et lui demanda pardon en considération de son ignorance. Les Bolonais s'approchèrent aussi de lui avec respect, et il répondit à leurs compliments : « C'est dans l'obéissance que se trouve la perfection de toute vie religieuse. Ne faut-il pas, du reste, que l'homme se soumette à l'homme à cause de Dieu, puisqu'un Dieu a obéi à l'homme à cause de l'homme ? » Cela signifiait que si, pour nous sauver, le Fils de Dieu a daigné descendre du ciel et vivre obéissant dans l'humble maison de Nazareth, nous pouvons et devons, nous, misérables créatures, nous soumettre et obéir à ceux que Dieu charge de nous commander, et en qui réside son indiscutable autorité.
Les voyages, l'enseignement quotidien, l'explication des Saintes Ecritures, l'apostolat de la prédication, n'empêchaient pas Thomas d'Aquin de composer de nouveaux écrits. Dès longtemps, et surtout à cette époque de sa vie, on le consultait de toutes les parties