CHAPITRE SIXIÈME
son ouvrage, demeuré interrompu et achevé seulement par une autre main.
L'ancien adversaire des ordres religieux mendiants, Guillaume de Saint-Amour, avait gardé un profond silence depuis sa condamnation jusqu'à la fin du pontificat d'Urbain IV. L'élection de Clément IV, au commencement de l'année 1265, lui rendit, bien à tort, quelque espérance de triompher à son tour. Dans sa retraite, il avait retouché son livre des Périls dès derniers temps. \\\^h\.x^'^2S2XXxç: sous le titre de Collection d'extraits des Écritures catholiques et canoniques, pour la défense de la hié^^archie ecclésiastique contre les fauxprêcheurs. Il poussa même l'audace au point d'envoyer son libelle au nouveau pontife ; mais il n'y put rien gagner qu'une deuxième condamnation, en date du 18 octobre 1266. Clément IV envoya le livre proscrit à maître Jean de Verceil, et par son intermédiaire, au Docteur Angélique. Celui-ci ne crut pas devoir y répondre, sinon par une nouvelle édition de son opuscule Contre les ennonis de la vie religieuse.
Mais un professeur de l'université de Paris, probablement Gérard d'Abbeville, ayant publié deux livres contre les franciscains et les dominicains, coupables, disait-il, de 109 erreurs graves, ils lui répondirent en
l'accusant de soutenir lui-même 133 propositions formellement répréhensibles. Gérard se défendit par un troisième livre que saint Thomas d'Aquin réfuta dans son précieux traité de la Perfection de la vie spirituelle, L'abbevillois en fit une censure ridicule, qui fut son quatrième livre ; mais il ne parvint pas cette fois à s'attirer la moindre réponse. Ce fut seulement son cinquième et dernier libelle, qui lui valut une réplique absolument décisive de la part du Docteur Angélique. Elle a pour titre : Contre ceiix qui entravent les vocations religiettses, et elle sera toujours un objet d'admiration pour le monde catholique (^). Tel fut le dernier coup porté à la secte de Siger et de Saint-Amour. La victoire fut complète, et la paix désormais assurée. L'Ange de l'Ecole méditait cependant une œuvre infiniment supérieure à ses écrits de polémique, à ses opuscules de circonstance, et à ses commentaires. La difficulté qu'éprouvaient les étudiants en théologie à se guider dans l'effrayant labyrinthe des questions de raison et de foi; l'obscurité et la prolixité de la plupart des maîtres, même du bienheureux Albert-le-grand; le
i.Nous avons exposé ce que les opuscules de S. Thomas sur la vie religieusecontiennentde plus instructif et déplus édifiant, dans notre traité ascétique de VÉtai religieux, (2^ édition, Lille, 1893.)