‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 45 sur 153 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

tation théologique retrouvée, il y a quelques années, à l'abbaye du Mont-Cassin, pour laquelle il l'avait rédigée. Il s'agissait d'un texte où saint Grégoire-legrand traite incidemment la question si épineuse de la prédestination. Les moines s'étant divisés en deux partis à ce sujet, et leur abbé ne pouvant les mettre d'accord, on se résolut, paraît-il, à envoyer au Docteur Angélique, que Ton savait de passage au château d'Aquin, le manuscrit en cause, avec prière instante de vouloir bien en dissiper les obscurités.

Labbé du Mont-Cassin, Bernard de Provence, avait sûrement droit à réclamer ce service. Il était le successeur de Landolfe Sinibald, oncle et premier éducateur de saint Thomas ; et il était si bien disposé envers l'ordre dominicain, qu'il devait peu après, sur la fin de l'an t 274, autoriser la construction d'une église et d'un couvent de frères-prêcheurs dans la petite ville de San-Germano, propriété de l'abbaye, et cela en considération de « ses très chers amis, vénérable homme frère Thomas d'Aquin, et religieux homme fj-ère Trojano ».

Sans doute notre Docteur n'était dans sa patrie que pour peu de temps ; et d'ailleurs, « la longueur de l'office et la prolongation du jeûne » quadragésimal

ne lui permettaient guère de s'occuper de théologie, comme il le dit dans sa réponse à l'abbé Bernard. I{t soit que le parchemin lui manquât, soit que les moines l'eussent engagé à écrire en marge du texte de sain Grégoire, il prit ce parti et mit un commentaire rapide et lumineux en face des paroles qui avaient soulevé le litige (^).

Ce commentaire improvisé a la forme d'une lettre, L'auteur se déclare « le fils dévoué du révérend père et seigneur Bernard, très cher et vénérable abbé du Mont-Cassin. » Il se dit, à son égard, «toujours et partout prêt à l'obéissance. » Il eût voulu, par une leçon faite de vive voix, dissiper les doutes causés dans certains esprits par le texte de saint Grégoire ; mais, ne le pouvant, il se console du moins en pensant que si saint Benoît écrivit à son disciple saint Maur qui se préparait, dans la ville d'Aquin, à partir pour la France, ainsi le successeur du grand patriarche lui a fait tenir à lui-même, partant aussi pour la France,

I. Il serait possible toutefois que saint Thomas eût répondu sur un parchemin ou papier séparé, et qu'ensuite on eût recopié sa lettre en marge du manuscrit, qui est celui des Morales sur Job. Mais le docte Uccelli, fort au courant des autographes du saint, ayant reconnu son écriture dans ce document, nous en reproduisons en fac-similé deux fragments, dont l'un renferme le nom de saint Thomas, et l'autre celui de frère Raynald. »

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Autographe de S. Thomas.

(D'après une lithographie exécutée au Mont-Cassin.

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