CHAPITRE SEPTIÈME
les antiques méthodes auxquelles il était redevable de bien des trésors. 11 savait de quelle réelle utilité elles avaient été autrefois, et il ne manquait pas de les suivre encore en certaines occurrences. Ainsi se fit-il volontiers, comme on disait alors, apostillateur des Saintes Ecritures. Par ses notes sur l'Evangile de saint Jean et sur les trois premiers Nocturnes du Psautier, il se révéla dans la plénitude de son savoir et de sa force.
Mais où il se surpassa lui-même, c'est dans l'exposition qu'il donna des Epîtres de saint Paul. Il les tenait en extraordinaire estime et affection, les préférant à tout le reste de la Bible, l'Evangile seul excepté. L'histoire raconte qu'il fut parfois assisté, pour les leçons qu'il leur consacra, d'un secours spécial du grand Apôtre lui-même. Dès qu'il était embarrassé par une difficulté, il renvoyait ses copistes, se prosternait à terre, et trouvait bientôt une solution.
Cette assistance divine qui l'entourait et se manifestait à lui par de célestes visions, devint de plus en plus fréquente dans sa vie d'étude. Au temps qu'il dictait son Commentaire sur Isaïe, il se vit arrêté par un texte obscur et mystérieux dont il n'entendait, d'une manière satisfaisante, ni la lettre ni le sens spirituel. Plusieurs jours durant, il jeûna et pria avec beau-
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coup de ferveur ; après quoi frère Raynald, s étant réveillé la nuit, l'entendit qui tenait une conversation fort animée ; mais il ne put saisir le sujet de l'entretien ni reconnaître la voix des interlocuteurs du maître. Le silence s'étant fait, le Docteur Angélique l'appela et lui dit : « Frère Raynald, levez-vous, allumez un flambeau, prenez le cahier où vous avez commencé d'écrire notre explication d'Isaïe, et préparez-vous derechef à écrire. » Et il dicta fort longtemps, avec la même facilité qu'il aurait eue à lire dans un livre. Ensuite il dit à Raynald : « Mon fils, allez vous reposer, car il reste encore beaucoup de temps pour le sommeil. » Mais Raynald, avide de connaître entièrement le prodige qu'il n'avait pu que soupçonner, se jeta aux pieds de son maître ; et ainsi prosterné, il lui dit avec larmes : « Je ne me lèverai point d'ici, que vous ne me disiez avec qui vous avez si longuement conversé dans cette nuit ; » et il l'en conjurait énergiquement au nom du Seigneur. Mais le Docteur répondait toujours : « Mon enfant, il vous est inutile de le savoir. » Vaincu enfin par ses instantes supplications, et ne voulant rien refuser à une prière faite au nom de Notre Seigneur, frère Thomas d'Aquin éclata en sanglots et dit : « Mon fils, vous avez