‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 48 sur 153 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

vu quelle était mon affliction, depuis plusieurs jours, au sujet de ce texte dont je ne pouvais trouver l'interprétation, et que je viens seulement d'expliquer. J'ai donc ardemment sollicité le Seigneur de daigner m'éclairer. Et voici qu'il a eu pitié de moi cette nuit ; et il m'a envoyé les bienheureux apôtres Pierre et Paul, sur l'intercession desquels je m'étais appuyé près de lui ; et ils m'ont très complètement instruit de toutes choses. Mais, de la part de Dieu, je vous ordonne d'en garder absolument le secret tant que je vivrai. »

Ce bon frère Raynald de Piperno, qui vécut dans l'intimité de saint Thomas durant les dernières années de sa vie,n'était pas le seul secrétaire dont il se servait. On ambitionnait cette fonction parmi les étudiants. Les séculiers eux-mêmes étaient quelquefois admis à écrire sous sa dictée, ou bien à copier ses manuscrits. Un breton du diocèse de Tréguier, nommé Even Garwith, se félicitait grandement d'avoir eu cet honneur. Il témoignait,avec frère Raynald et plusieurs autres, que parfois Thomas d'Aquin dictait en même temps à trois ou quatre secrétaires réunis dans sa chambre, et sur des matières totalement différentes. Garwith affirmait aussi qu'il l'avait vu, accablé de fatigue et saisi

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par le sommeil, continuer néanmoins de dicter en dormant, comme si déjà son âme eût été délivrée des liens et du fardeau de la chair.

Un soir, il était dans sa cellule,occupé comme d'habitude à dicter un article de sa Somme théologique ('), et pour aider le copiste, il tenait un flambeau près de lui. Redoutant d'être vu et admiré en quelqu'une de ces extases qui se multipliaient dans sa vie, il dit à son secrétaire : « Quoi que vous voyiez en moi, n'appelez pas. » Et la méditation où il était absorbé lui faisant perdre l'usage de ses sens, il ne s'aperçut point que le flambeau se consumait entre ses doigts et que le feu les atteignait ; il ne fit même aucun mouvement, jusqu'à ce que la flamme se fut entièrement éteinte.

Il était cependant d'une extrême sensibilité naturelle ; et telle était la délicatesse de son tempérament, qu'il ne pouvait subir, sans de graves accidents, la moindre opération douloureuse. Alors il avait pour remède la contemplation spirituelle, qui l'élevait en quelque sorte au-dessus du monde matériel. Ainsi,

I. D'après certains manuscrits, il s'agissait de la T;'/;////, et alors le fait que nous rapportons serait arrivé en Italie. Mais suivant d'autres,qui semblent plus sûrs, saint Thomas traitait de la iéjnérité {22. q. 53. a. 3), et il composa certainement cet article à Paris.

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