CHAPITRE SEPTIÈME
pendant qu'il professait à Paris, on dut lui pratiquer une saignée ; et avant que le chirurgien n'arrivât, il prit soin de se mettre en méditation, afin que ni son corps ni son imagination n'eussent à souffrir. Une autre fois, les médecins prescrivirent de lui cautériser la jambe, et il dit à son compagnon : « Quand viendra celui qui doit m'appliquer le feu, dites-le-moi un peu à l'avance.» Il se coucha donc sur son lit, étendit la jambe et se prépara ; puis il entra si parfaitement en contemplation, qu'il ne sentit aucunement le fer rouge et ne changea nullement de position. Ainsi, dit Guillaume de Tocco, quoique vivant dans un corps passible, il n'éprouvait déjà plus la souffrance des blessures corporelles.
Son âme n'était pas moins inaccessible aux tentations de vaine gloire. Fort peu soucieux de sa réputation, ayant un mépris absolu pour tous les biens temporels, marchant dans le chemin de la vérité et de ' la vertu sans s'inquiéter des jugements des hommes, il disait quelquefois : « Je rends grâces à Dieu de n'avoir jamais obéi à une seule inspiration de vanité, et de ne m'être jamais enorgueilli ni élevé au-dessus de l'humilité qui me convient, encore que ma science, ma chaire de docteur, mes actes et succès académiques,
lOO SAINT THOIVIAS V AQUIN.
aient pu m'en fournir le prétexte. Si parfois un premier mouvement indélibéré s'est manifesté en moi, la raison l'a aussitôt condamné et réprimé. >>
Un soir, suivant la coutume de l'université de Paris, le chancelier de l'église Notre-Dame présidait à l'examen de licence des futurs maîtres en théologie. Un jeune bachelier se présenta, qui soutint hardiment une fausse opinion, formellement contraire à l'enseignement de notre saint Docteur. Celui-ci le souffrit très patiemment, et demeura aussi calme en son esprit qu'en ses paroles, ne se trouvant nullement blessé par les procédés orgueilleux de ce débutant. Il revenait donc tranquillement au couvent de Saint-Jacques, lorsque ses frères et ses élèves indignés lui dirent : « Maître, nous avons été gravement offensés en votre personne ; ce licencié ne devait point parler contre votre doctrine; et vous ne deviez pas, vous, en face de tous les docteurs de Paris, subir en silence cette injure faite, après tout, à la vérité même. » Frère Thomas d'Aquin leur répondit avec une infinie modération : « Mes enfants, j'ai cru qu'il fallait épargner ce jeune maître dans son premier essai, et ne pas le couvrir de confusion en présence de tous les docteurs. Pour ce qui est de mon enseignement, je ne redoute la con-