CHAPITRE SEPTIÈME. ICI
tradiction de personne, l'ayant toujours, grâce à Dieu, appuyé sur l'autorité des saints Pères et sur des raisons évidentes. Si toutefois, mes frères, vous trouvez blâmable ma patience, je pourrai demain suppléer à ce que j'ai omis de faire ce soir. » Et le lendemain, comme on était de nouveau rassemblé dans le palais de l'évêque, le téméraire candidat reproduisit, en présence de saint Thomas et de son groupe d'étudiants, la thèse et les arguments qu'il avait apportés la veille, sans y mettre l'ombre même d'une correction. Le Docteur Angélique lui dit alors très doucement : « Maître, cette opinion que vous défendez ne peut être soutenue qu'au détriment de la vérité, car elle va contre tel concile; par conséquent, il faut vous déjuger, si vous n'aimez mieux vous mettre en opposition avec le concile. » Il commença donc à modifier son langage, mais sans rien changer au fond de sa doctrine. Thomas d'Aquin le reprit de nouveau, lui cita le texte du concile, et le contraignit sur-le-champ à confesser son erreur et à demander humblement qu'on daignât l'instruire davantage. Sur ce, frère Thomas lui dit : « Maintenant, vous parlez bien ; » et il lui enseigna ce qu'il devait tenir pour vrai. Et tous les maîtres de l'université furent dans l'admiration de tant de
I02 SAINT THOMAS T) AOUIN.
science et de modestie, de tant de force et de bonté.
Au cours du procès de canonisation de notre cher saint, Barthélémy de Capoue, protonotaire du royaume de Sicile, fit la déposition suivante : « Ledit témoin affirme avoir appris de plusieurs dominicains dignes de foi, qu'un jour frère Thomas disputait en l'université de Paris où se trouvait alors frère Jean de Peckam, de l'ordre des franciscains, qui fut depuis archevêque de Cantorbéry. Et bien que ledit frère Jean attaquât frère Thomas par des paroles aigres, ampoulées, hautaines, jamais frère Thomas ne prononça une parole contraire à l'humilité; mais il répondit toujours avec douceur et urbanité. Et frère Thomas faisait de même dans toutes les discussions, si vives et si animées qu'elles fussent ('). » Peckam avait été disciple de saint Bonaventure à Paris, ensuite étudiant àOxford où il avait pris la licence en théologie. Il était depuis peu revenu à Paris et y expliquait les Sentences de Pierre Lombard, lorsqu'il eut, de 1269 à 1271, l'occasion d'argumenter contre les thèses de saint Thomas sur les Vertus et le Mal. Au XVI 11^ siècle, on voyait encore au collège de Merton, en l'université