‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 51 sur 153 · CHAPITRE SEPTIÈME. IO · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. IO

d'Oxford, un manuscrit renfermant le récit de ces curieuses luttes scientifiques (').

Douze ans après la mort de notre saint, en 1286, Peckam condamna plusieurs de ses doctrines, les disant même hérétiques. Mais l'Église Romaine et la postérité ne tardèrent pas à casser définitivement un pareil jugement, où le souvenir des humiliations subies à Paris semble avoir pris la place du savoir et de la prudence.

Au lieu d'amoindrir l'autorité du Docteur Angélique, ces hostilités plus ou moins avouées ne faisaient qu'augmenter et consacrer sa gloire, même de son vivant. Les maîtres de l'université de Paris lui firent comme une place à part, au-dessus de tous les savants du monde. Divisés d'opinion sur les conditions matérielles du corps de Notre Seigneur dans l'Eucharistie, sur ses relations avec l'espace, sur les espèces ou accidents sacramentels qui continuent miraculeusement d'exister, quoique privés de leur sujet ou substance propre, ils avaient plusieurs façons de parler de ce mystère adorable. Une telle diversité de pensées et de langage ne laissait pas d'être per-

I. Th. James, Ecloga Oxoniocantabrig.^ p. 10, cité par Echard, ScriptoreSy t. I,p. 281.

I04 SAINT THOxMAS D AQUIN.

nicieuse aux jeunes étudiants, soit en ébranlant la confiance qu'ils devaient à leurs professeurs, soit même en scandalisant leur foi peu éclairée encore. Voulant y apporter remède, les docteurs convinrent à l'unanimité de s'en remettre, sur cette grave controverse, à la décision de frère Thomas, — s'engageant à tenir pour vrai, conforme à la foi et parfaitement raisonnable, tout ce qu'il dirait, jugerait et définirait en cette matière. Car, dès longtemps, ils avaient éprouvé avec quelle rare finesse d'esprit il arrivait à la vérité en toutes les questions, et avec quelle clarté il savait, mieux que personne au monde, exposer le résultat de ses recherches.

Chacun développa donc par écrit son opinion et ses preuves, et les transmit au couvent de Saint- Jacques. L'Ange de l'Ecole se recueillit d'abord, fit une prière fervente, recourut à son moyen habituel, à la contemplation, et rédigea, le plus brièvement et le plus nettement possible, ce qu'il trouva par lui-même et surtout ce que la grâce divine lui inspira.

Mais, n'osant communiquer son travail aux docteurs avant de l'avoir soumis à Notre Seigneur, dont il avait à expliquer l'œuvre la plus sublime et dont

-iSMfSSSSSSbiht

Page 1