‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 54 sur 153 · CHAPITRE SEPTIÈME. IO · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. IO

traire, pas même l'honneur d'une invitation à la cour de France. Et il prit soin que l'argument capable de ravir cette haute intelligence ne se perdît point. Il manda son propre copiste et lui donna ordre d'écrire, séance tenante, ce que l'humilité de saint Thomas aurait pourtant désiré tenir secret.

Ce trait fort connu en rappelle un autre qui l'est moins, et qui arriva en Italie un an ou deux plus tard. L'archevêque de Capoue, naguère disciple du saint Docteur, avait le bonheur de lui donner l'hospitalité en sa maison. Un cardinal, légat du Saint Siège, ayant beaucoup entendu vanter la science et la sainteté du maître, souhaita de le voir et dit à l'archevêque : « Disposez tout de façon à me procurer un entretien familier avec lui. » Le prélat le fit mander, et il descendit de son cabinet d'étude, complètement absorbé par le travail. Son visiteur attendit longtemps qu'il revînt à lui. Tout à coup son visage s'illumina d'une joie très vive, et il s'écria : « Maintenant je tiens ce que je cherchais. » Mais, ne s'apercevant pas encore de la compagnie où il était, il ne donna aucun signe de respect. Le légat commençait à témoigner quelque mépris et quelque mécontentement à son endroit. « Seigneur cardinal, dit alors l'archevêque, ne vous étonnez pas de son

Saint Thomas d'Aquîn . 8

no SAINT THOMAS I) AC)UIN.

silence : il est souvent abstrait, au point de ne pouvoir parler aux personnes qui l'entourent. » Et l'ayant tiré fortement par son manteau, il parvint à l'arracher à cette sorte de sommeil contemplatif. Lui, se voyant en présence de si hauts personnages, s'inclina humblement devant le cardinal, et lui demanda pardon d'avoir tant différé de lui offrir ses respects. Et interrogé sur le motif de la joie très vive qu'il avait témoignée tout-à l'heure, il dit : « J'avais longtemps pensé à telle question ; je viens de découvrir là-dessus une fort belle raison qui m'a tout réjoui en mon âme, et sans doute ma joie s'est manifestée même extérieurement. »

Gljapitre l)uîtième.

Des derniers voyages et travaux du Docteur Angélique en Italie.

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Vultima parola

La beiudettajîamina per dir toise.

Voici les dernières paroles que cette Ame bénie, enflammée du divin amour, fit entendre à la terre.

(Dante, Paradis, ch. XII.)

SE^XCifîgî

E 15 mars 1270, Thomas d'Aquin dut se séparer de saint Louis de France, partant pour sa deuxième croisade ; et le 25 août 1270, il eut la douleur de perdre ce royal ami, que la mort atteignit sur l'antique terre de Carthage, Rien désormais ne pouvait plus le retenir dans le royaume en deuil ; et comme l'Italie réclamait fortement sa présence, il quitta Paris sur la fin de l'année 1271, cédant sa chaire de professeur à frère Romain, neveu du futur pape Nicolas III.

Mais à peine était-il sorti de France, que l'université en ressentit un grand dommage, sa lumière la plus éclatante lui étant ravie et transportée à des écoles étrangères. Le recteur et les maîtres en écrivirent donc bientôt au chapitre général de l'ordre dominicain, assemblé en 1272 à Florence. Leurs plaintes ne furent point écoutées et ne pouvaient l'être ; car, non plus

que les princes et le clergé d'Italie, le souverain pontife Grégoire X, nouvellement élu, ne consentait à l'éloignement d'un homme qui à lui seul valait une université entière.

Il résida donc quelques mois à Rome, expliquant, soit dans les classes des frères-prêcheurs soit dans les églises, quelques fragments des Epîtres de saint Paul aux Romains, aux Corinthiens, aux Hébreux. Frère Raynald recueillait ces précieux Commentaires ; et le Docteur Angélique les révisait en y faisant les corrections nécessaires.

Pendant la semaine sainte de l'année 1272, il fit d'admirables prédications dans la basilique de Saint- Pierre; et ce qu'il dit de la passion de Notre Seigneur toucha le peuple jusqu'aux larmes. Le jour de Pâques, son sermon eut pour objet de porter les fidèles à se réjouir, avec la glorieuse Vierge Marie, de la résurrection de son Fils, de même qu'auparavant ils avaient pris part à sa compassion. Son discours terminé, comme il descendait de chaire, une pauvre malade, depuis longtemps affligée d'une perte de sang et inutilement soignée par les médecins, s'approcha de lui, toucha le bord de son manteau, et se sentit immédiatement délivrée de toute infirmité. Elle le suivit au couvent

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