CHAPITRE HUITIÈME. I I
de Sainte-Sabine, où il demeurait ; et ayant demandé à parler à frère Raynald, elle lui révéla sa guérison miraculeuse ; et frère Raynald en fit souvent le récit à bien des personnes, de qui le biographe Guillaume de Tocco le tenait.
Plusieurs sermons du Docteur Angélique nous ont été conservés, soit qu'il en ait lui-même écrit le canevas, soit que de jeunes religieux, entre autres frère Pierre d'Adria, les aient reproduits d'après leurs souvenirs et les traditions de leur ordre. Il en existe sans doute encore dans des manuscrits inédits que l'avenir nous fera connaître, au grand avantage des apôtres de la parole de Dieu. Ceux que nous possédons sont d'une doctrine abondante et profonde, d'une piété vive, d'un style ingénieux et pénétrant. Ils montrent surtout que la meilleure méthode de préparation au ministère évangélique est d'étudier premièrement la sainte théologie, et de s'exercer premièrement aussi à une vie sainte.
Le roi de Naples, Charles I d'Anjou, semblait avoir hérité de l'affection de saint Louis son frère pourl'Ange de l'Ecole. Il mit tout en œuvre afin de l'attirer à son université, et il sut obtenir du maître-général, Humbert de Romans, que frère Thomas d'Aquin viendrait
occuper une chaire de théologie clans cette ville de Naples, qu'il avait illustrée déjà par ses études d'enfance et de jeunesse. C'était en 1272, après les grandes chaleurs de l'été pendant lequel frère Raynald de Piperno fut miraculeusement guéri, comme nous l'avons vu, au château-fort de la Molara.
Le roi Charles, extrêmement heureux de posséder l'illustre maître, lui constitua un salaire mensuel d'une once d'or. Les étudiants suivirent en foule ses leçons, avides d'en recueillir les moindres parcelles, que beaucoup d'entre eux devaient ensuite semer, comme un pur et céleste froment, dans les îles de l'archipel grec et jusque dans les diocèses lointains de l'empire de Constantinople, de la Palestine, de la Syrie et de la Chaldée. Aujourd'hui encore, dans les couvents dix fois séculaires de l'Asie Mineure, on retrouve des textes grecs, syriaques, hébraïques, arabes, de la So7nme t hé 0 logique ou de la Somme contre les gentils (').
A Naples, saint Thomas poursuivit, mais sans pouvoir l'achever, son Commentaire des Epîtres de saint Paul. Il y fut aidé cependant par frère Raynald qui
I. On peut voir dans les Scriptores d'Ecliard (t. I, p. 345-347) un catalogue de manuscrits grecs renfermant des ouvrages de S. Thomas. Plusieurs ont été imprimés, et il n'est pas rare de rencontrer un exemplaire hébraïque de la Somme contre les gentils.